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Scott Herren multiplie les projets et les genres musicaux. Originaire d’Atlanta, il alterne electronica abstraite (Delarosa sur Schematic), ambient acoustique (Savath + Savalas sur Warp), mélange hip-hop et electronica sur son dernier projet, Prefuse 73, dont le premier album (Vocal studies and uprock narratives) sort aujourd’hui. Qui est Scott Heren ? Entretien.

Chronic’art : Comment définirais-tu ton dernier projet Prefuse 73 ?

Scott Herren : Comme du hip-hop.

Simplement du hip-hop ?

Oui, l’approche est hip-hop. J’ai grandi avec cette musique et Prefuse 73 en est ma vision. Ca ne sonne pas comme du hip-hop classique, parce que ça m’ennuie. Ca ne m’emmerde pas d’en écouter, mais en faire, par contre, oui.

Mais comment es-tu parvenu à ce mix entre electronica et hip-hop ?

L’aspect électronique est inspiré de mes autres projets, comme Delarosa par exemple. J’ai mêlé toutes mes influences à travers le hip-hop, mon style d’origine. J’y intègre des éléments plus minimaux, j’essaie de construire une musique qui propose plusieurs niveaux, tout en maintenant l’essence et l’esprit du hip-hop.

Ecoutes-tu de l’electronica ?

Non, l’electronica ne fait pas tellement partie de mon background musical, pas plus que les autres genres musicaux que je peux écouter en dehors du hip-hop. Il y a des éléments trop froids pour moi dans l’electronica, certains sons, certaines mélodies… J’aime bien certains trucs, mais pas ce que des centaines de gens imitent encore et encore…

Et te retrouves-tu dans des groupes comme Funkstörung, qui ont un background electronica, mais qui tendent eux clairement vers le hip-hop?

(Hésitation) Ca va, ils sont cool, très sympas… Mais leur musique reste trop froide à mon goût, trop éloignée de ma vision du hip-hop. Des gens comme Boards Of Canada sont définitivement plus proche du hip-hop que Funkstörung. Ils ont des idées, et une manière de les traduire très proche du hip-hop.

Quand le hip-hop est-il devenu si important pour toi ?

(Silence) Je n’en sais rien, je devais avoir 9 ou 10 ans. Ca a commencé avec les Fat Boy, Eric B & Rakim, tous ces vieux trucs, tous ces classiques. Un peu plus tard, il y a eu Company Flow, un de mes groupes préférés. Mais au jour d’aujourd’hui, il y a tellement de sous-courants dans le hip-hop : mainstream, abstract…

Quelle finalité vois-tu dans la musique de Prefuse 73 : la danse, l’écoute ?

Ca dépend de l’auditeur, c’est une question qui le concerne personnellement. Ce n’est pas une musique conçue pour les dancefloors, mais je suis persuadé que certains pourront danser dessus. Moi, je la perçois d’abord comme une musique d’écoute, que je pourrais écouter encore et encore, sans me lasser.
Tu sembles prêter une attention particulière à l’originalité : originalité des rythmes, originalité des sons.

Absolument. Et c’est ce qui se passe quand tu laisses une part d’erreur, de hasard, intervenir dans ta musique. L’erreur me surprend, il en résulte des sons que je n’aurais jamais pu imaginer, et donc produire volontairement. Je laisse le hasard intervenir, puis j’organise les erreurs qu’il génère.

Décris-nous ton autre projet sur Warp, plus ambient-post rock : Savath + Savalas.

Savath + Savalas, c’est moi en train de jouer ce qui me passe par la tête. C’est une démarche de composition libre, sans souci particulier de rythmes ou de groove, contrairement à Prefuse 73. Il y a dans Savath + Savalas une très forte idée visuelle, j’essaie de créer un paysage sonore dans ma tête quand je compose. C’est valable pour tous mes projets musicaux, je les associe toujours à certaines humeurs, certains lieux ou certaines personnes de mon entourage. Ca peut être une belle journée de printemps, un ami, une joie incompréhensible ou une méchante déprime, qui inspirent ma musique. Ca dépend du jour, de quel pied tu t’es levé et de ce qui t’attend lorsque tu ouvres les volets.

Comment es-tu arrivé à réaliser un disque comme Savath + Savalas, qui se situe complètement en dehors de ton background hip-hop ?

J’aime les instruments, j’aime en jouer, j’aime me sortir des machines, c’est plus direct, tu es plus libre de traduire ce qui se passe à l’instant dans ton esprit. Je devais le faire, me sortir des samples et des programmes.

Le nom de l’album de Prefuse 73, Vocal studies and uprock narratives, dégage une connotation assez intellectuelle : ça correspond à ton approche de la composition ?

Je ne sais pas. Le titre de l’album correspond à une petite description de son contenu, au travail effectué sur les voix, très important. Mais revendiquer une démarche intellectuelle, c’est assez dur à dire… ce serait prétentieux de présenter ainsi mon travail. Mais si les gens perçoivent ma musique comme intellectuelle, ce n’est absolument pas un problème. (Rires)

A quoi ressemble une journée type de composition de Scott Herren?

Ca commence dans la matinée -je préfère composer le jour plutôt que la nuit- avec une bonne tasse de café noir et beaucoup de cigarettes. La drogue n’intervient pas dans mon processus de composition, elle aurait plutôt tendance à me rend improductif. Je suis incapable de fumer un joint de toute façon, j’en ai bien trop fumé quand j’étais ado ! Je passe pas mal de temps au téléphone aussi, à m’occuper de tout ce qui tourne autour de la musique, ce genre de choses qu’un manager doit faire habituellement. Parfois, ça prend la moitié d’une journée, c’est pénible, mais c’est obligatoire.

Peux-tu expliquer ces noms : Prefuse 73 et Savath + Savalas ?

Prefuse 73 est un hommage à un collectif jazz qui a existé entre 1968 et 1973. Leur vision très libre, très spirituelle du jazz m’a définitivement inspirée. Savath + Savalas est complètement dû au hasard. Je ne me souviens même plus pourquoi. J’aime bien la résonance de ces mots, qui sonnent juste, comment venant de nulle part.

Lire notre chronique de Vocal studies and uprock narratives