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Chaque mercredi c’est la même histoire. Comme un sacro-saint rituel, je vais acheter mon Télérama. Une liaison qui dure maintenant depuis de nombreuses années, une relation amour-haine quasi irrationnelle.

Parce qu’avouez quand même que c’est un drôle de magazine, Télérama. À la fois programme télé, news magazine et hebdo culturel. Un hebdo qui parle aussi bien du procès Papon, de la guerre en Bosnie, que de Nagui ou des X-files. Chaque mercredi, je me dis que j’en ai un peu marre de cet hebdo qui ne parle pas de tous les trucs que j’aime, qui néglige sa partie rock, qui méprise ses pages multimédia. D’un hebdo aux relents cathos d’après messe insupportables, qui vous fatigue avec les JMJ. Un hebdo qui nous demande de nous passer de télévision. Non mais pour qui se prennent ces gars là ? Et si on se passait, nous, de Télérama. S’abonner à Télé 7 Jours ? Beurk ! À Télé Star, pour devenir membre officiel du fan-club des Feux de l’amour ? Gloups ! Alors, comme chaque semaine, je sors mes 10 balles et j’achète mon Téléramuche, content quand même d’y retrouver des critiques qui se tiennent et un panorama culturel assez complet. La vie est parfois d’un complexe… Mais bon, c’est vrai que finalement on en revient toujours à ce magazine, pour peut qu’on s’intéresse à la vie des arts. Difficile de s’en passer, tant il est bien seul dans le désert de la presse culturelle généraliste en France. Pour Tête de l’art, Marc Jézégabel, nouveau rédacteur en chef de l’hebdo TV, parle du magazine, de sa cible et de ses grands choix. Entretien.

Tête de l’art : Que souhaitez-vous apporter à Télérama, vous qui venez de la presse quotidienne ?

Marc Jézégabel : En premier lieu, il faut préciser que j’arrive dans un journal qui va bien. Mais j’arrive aussi dans un journal qui n’a pas l’habitude de faire appel à quelqu’un d’extérieur à la maison pour occuper un poste comme celui-ci. C’est donc tout neuf pour le magazine. Quant à moi, je crois pouvoir apporter un œil nouveau sur le magazine. Le magazine fonctionne selon une alchimie trouvée il y a longtemps de manière un peu empirique. Une formule a besoin d’un renouvellement, et je souhaite y prendre part. J’arrive tout droit de la presse quotidienne (InfoMatin, ndlr), j’ai donc une préférence pour les enquêtes, les reportages. Il faut davantage de réactivité à Télérama.

Quelle est votre cible ?

Je n’aime pas trop en parler, car ça fait un peu publicitaire, mais Télérama est le premier magazine des cadres. En fait, notre cible est très large. Le lectorat est à la fois parisien et provincial. Nous touchons un large éventail de tranches d’âge et de catégories socioprofessionnelles.

Pourquoi la rubrique multimédia est-elle si peu développée dans le magazine ? On a l’impression que le cœur n’y est pas mais que vous êtes bien obligés d’en faire une.

La rubrique multimédia n’est pas la priorité de Télérama. Nous pensons que cette rubrique doit trouver son prolongement ailleurs et nous préférons parler du multimédia et de l’Internet dans son véritable élément, c’est à dire sur le réseau. Nous sommes actuellement en train de travailler sur un projet très ambitieux qui s’appellera Culturama, en partenariat avec France Télécom Multimédia et la RNM. C’est plus intéressant d’être acteur que de jouer les suiveurs. Ca vaut pour chaque domaine, et cette expérience sera la bonne occasion de retrouver l’esprit Télérama sur l’Internet. Ca me paraît plus intéressant que de faire des pages de critiques multimédia dans le magazine.

Alors justement, quel genre d’acteur êtes-vous quand vous demandez à vos lecteurs de se passer de la télévision ? N’est-ce pas un peu hypocrite de la part d’un journal télé ?

Absolument pas ! C’est sans aucun doute provocateur, comme aime à l’être Télérama, mais en aucun cas cette opération est hypocrite. Nous ne faisons pas un journal de promotion de la télé. Nous avons une certaine distance vis-à-vis d’elle et en fait, ce que nous voulons dire c’est : « Regardons moins la télévision pour la regarder mieux ». Il ne s’agit pas, bien sûr, de dire aux gens de jeter leur poste. Non. Il faut juste essayer de ne pas devenir esclave d’elle, de savoir prendre du champ pour mieux en apprécier sa richesse. Nous avons fait une étude avec Médiamétrie et nous nous sommes aperçus que les lecteurs de Télérama avaient déjà anticipé ce mouvement. Nos lecteurs maîtrisent mieux leur télévision, ils y passent moins de temps devant, ils ne la regardent pas au hasard, ils utilisent davantage le magnétoscope. Ce ne sont pas des zappeurs.

Pour ce qui est du câble et du satellite, pourquoi Télérama a-t-il mis tant de temps pour sortir son magazine en kiosque ?

Avec le câble et le satellite, nous sommes confrontés au problème de l’offre et de la manière dont cette offre est perçue. Il y a énormément de programmes, mais il est difficile de savoir qui reçoit quoi. Tous ces programmes alourdiraient notre grille, donc nous avons choisi de dissocier l’offre, pour ne pas rebuter le lecteur qui n’est pas câblé, mais aussi pour des raisons de coût évidentes ! Dans Télérama Câble et Satellite, on retrouve l’esprit du journal avec une sélection des programmes, mais c’est sans doute une phase intermédiaire, vers un magazine plus étoffé. Mais encore une fois, ça dépend aussi de l’évolution du marché et des possibilité de diffusion.

Propos recueillis par