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Dans la petite loge du groupe japonais Pascals, Rocket Matsu, le fondateur du groupe, et son traducteur, me proposent quelque chose à boire. Je refuse poliment en me demandant juste après si refuser n’est pas très malpoli au Japon… L’interview commence. Ainsi que les difficultés pour se comprendre, via un traducteur.

Chronic’art : Il y aura quinze personnes sur scène ce soir ?

Rocket Matsu : Nous serons treize. Une batterie, une percussion nommée Oké (orthographe phonétique), qui est une sorte de seau en fer, une autre nommée Navé (casserole), deux violoncelles, des violons, trompettes, toy piano, ukulele, guitare, accordeon, pianica, melodica, mandoline. Nous jouerons des reprises et aussi des nouveaux morceaux.

Vous vous souvenez de la première fois où vous avez entendu la musique de Pascal Comelade ?

Il y a vingt ans. C’était des reprises d’Erik Satie, et je trouvais que Comelade jouait mieux Satie que les pianistes classiques conventionnels, grâce à une sorte d’irrespect dans son interprétation, qui enrichissait la musique et ouvrait des perspectives. J’aimais le côté ambiant et doux de son interprétation. Il y a quelques années, Comelade est venu jouer au Japon. Je l’ai rencontré, je lui ai donné une cassette, et ça lui a plu. Notre disque a ainsi pu sortir en France plus tard. Au Japon, Comelade n’est pas très connu, sauf par quelques musiciens, surtout les membres du groupe en fait.

La musique de Comelade est une musique très occidentale, européenne. Quelle est la part de la culture japonaise dans votre relecture ?

La génération d’après-guerre au japon a été très influencée par l’Occident. La culture occidentale a pénétré le Japon. C’est donc naturel pour nous de jouer ce genre de musique. Nous réinterprétons Comelade à travers le prisme de cette culture mélangée de la même manière que Comelade a réinterprété ces prédécesseurs à travers sa propre culture personnelle. A chaque étape, la musique est différente, modifiée et enrichie. Chacun reçoit et donne à son tour. Mais c’est vrai que la culture traditionnelle au Japon a tendance à disparaître.

Il y a quelque chose qui relève de l’enfance dans votre musique. Vous confirmez ?

J’ai découvert Comelade à 25 ans, j’en ai 45 maintenant. Je ne suis plus vraiment un enfant. Je pense que ce n’est pas une musique seulement enfantine. C’est une musique également complexe, compliquée, subtile. Derrière la surface, la manière construire les harmonies est une véritable réflexion, qui tourne autour de l’imaginaire, du fantasme, d’un certain érotisme peut-être. Ceci dit, les instruments utilisés sont souvent des jouets, il y a une part d’enfance à ce niveau là.

Vous reprenez des musiques de films. Est-ce que vous aimeriez composer pour le cinéma ?

Si on nous le proposait, oui. C’est vrai qu’il y a une dimension esthétique, de l’ordre de l’image, dans ces musiques.

Propos recueillis par