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Fils spirituels de Kraftwerk, Elli & Jacno, Polyphonic Size ou Thick Pigeon, le duo bruxellois Ming réussit -à l’instar de leur ami Felix Kubin- à dompter les machines électroniques du début des années 80 sans complaisance kitscho-revival. A l’interface entre introspection et extraversion, Frédérique et Nicolas invitent leurs amis James Joyce, Nicholas Ray ou Rainer Werner Fassbinder sur les dancefloors des clubs germaniques.

Chronic’art : Après quelques années d’autoproduction et de débrouille vous aviez accepté, par curiosité, de vous laisser prendre en main par un label et un tourneur professionnels, afin de visiter l’industrie musicale de l’intérieur. Au bout de deux ans, quels enseignements tirez-vous de cette expérience?

Ming : Doxa records, est un label indépendant allemand basé a Dresde. Les personnes qui s’en occupent nous ont contactés parce qu’ils aimaient la musique que nous faisions. Il s’est tout de suite agit d’une relation de confiance. Nous travaillons à la maison, dans notre studio et quand nous avons fini nos enregistrements nous envoyons le tout -masterisé par nos soins- au label. Pour le travail graphique, les pochettes, les photos, nous travaillons avec des gens qui nous sont proches; à ce niveau là, pour tout ce qui est artistique, en gros rien n’a changé. Par contre ce qui est nouveau concerne tout ce qui touche à la promotion et à la diffusion. Nous sommes intégré dans un circuit et c’est très intéressant pour nous. D’abord nous jouons beaucoup en concert surtout en Allemagne mais aussi un peu partout en Europe. Cela se passe surtout dans des « clubs » où les conditions sont souvent très bonnes. Bref pour le moment l’expérience est fructueuse et intéressante. Nous attendons avec beaucoup d’excitation la suite des évènements.

Votre nouvel album est plus mûr que le précédent et assume plus clairement ses penchants pour la musique de danse, avec des textes plus sensibles, plus nuancés qu’auparavant…

Nous avons voulu aborder les paroles dans des directions différentes, ce qu’on a fini par traduire par Intérieur / extérieur (le titre de l’album) : d’une part des éléments purement descriptifs, bruts et puis, d’autre part, des éléments plus métaphoriques. Sous l’influence de tout ce qu’on écoute actuellement, la musique se veut clairement plus rythmée. Quand on tombe sur des labels comme Kompakt, Klang, Scape, on n’en sort pas indemnes. Nous avions envisagé un tempo assez enlevé pour l’ensemble de l’album. Finalement il y a bien sûr des nuances mais, bon…Ca danse ! Après cette période très pop, dominée par la spontanéité et le format « chanson », nous envisageons un travail plus conséquent et plus recherché sur le son.
Par rapport à « l’école Lithium » par exemple., vos textes, qui touchent aussi à la manière dont des individus peuvent (sur)vivre dans nos sociétés aujourd’hui, abordent la réalité sous un angle assez différent : moins sombre, moins pessimiste…

Nous pensons que les textes sont assez hétérogènes même s’il y a ce volet plus intériorisé et cet autre plus tourné vers l’extérieur. En fait, ça se rapporte totalement à ce que nous avons vécu juste avant et pendant le travail en studio. C’est ce qu’a apporté le côté spontané de notre travail au moment de l’enregistrement. Nous discutions d’un film que nous avions vu et cela a donné une chanson comme Johnny Guitar. Nous nous baladions dans une grande ville et les impressions que ça nous avait laissé ont donné Une Certaine beauté urbaine. Nous discutions de l’importance d’un cinéaste comme Fassbinder et comme il nous manquait beaucoup, et nous avons composé Liebe ist Kälter als der Tod

En écoutant votre réappropriation de La Chanson de la plus haute tour, on dirait presque que le poème a été écrit pour vous. Cette évidence vous est-elle apparue dès que vous avez découvert le texte?

C’était très spontané même si cela planait depuis longtemps. Pour ce texte de Rimbaud, cela faisait quelque temps – quelques années même – que nous nous y intéressions, qu’il nous suivait. Nous l’enregistrons maintenant sans doute parce que c’est maintenant qu’il prend tout son sens.

Il y a très peu de « Je » dans vos textes, vous avez l’air plus intéressés par la fiction que par une approche documentaire… Même pour parler de vous, le discours indirect est privilégié par rapport au discours direct.

Le « Je » est détruit, il a volé en mille morceaux. On peut en retrouver des éclats ici et là sur les routes, au détour d’un chemin, dans les rues désertes le soir et dans beaucoup d’autres endroits. Mais on ne peut pas le reconstituer : tout cela est bien fini. L’individualisme, quelle foutaise ! Une existence morne, sans aucun doute ; mais la liberté de l’individu, quelle blague !

Comment considérez-vous les rapports qui vous lient à vos machines? Utilisez-vous uniquement de vieilles machines analogiques ou aussi des machines plus récentes ?

Nous avons une préférence pour les vieilles machines. Elles sont généralement plus chaleureuses, elles ont un supplément d’âme, pour dire les choses pompeusement. Mais nous ne sommes pas sectaires et nous travaillons aussi avec des machines plus modernes. Elles offrent d’autres possibilités. Elles nous permettent notamment de travailler différemment avec les machines plus anciennes pour nous débarrasser des sonorités « clichés » des années 80.

Propos recueillis par

Lire notre chronique de Intérieur / extérieur de Ming.
Voir le site de Doxa