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A force de performances live intenses et expérimentales, le jeune groupe electronica Mils force l’admiration. Pour la sortie de la compilation Echotones, interview e-pistolaire.

Comment les membres de Mils se sont-ils rencontrés ? Et quelles étaient leurs expériences musicales avant la formation du groupe ? D’où vient le nom Mils ?

Mils : Nous étions amis avant de commencer Mils. On jouait dans d’autres groupes : In Sense, Les Autres, Bertuf… Mils serait une sorte de pronom personnel multi-égocentrique applicable a une entité composite. Ou autre chose…

La musique de Mils part-elle d’un concept, s’organise-t-elle autour d’un projet artistique ?

Non pas du tout, on essaie juste de créer de petite vies non-organiques. Des micro univers où se déroulent des histoires parfois idiotes ou tragiques. Mais la plupart du temps, elle se créent elles-mêmes, d’une manière sauvage.

Comment créez-vous, enregistrez-vous, précisément ?

N’importe comment, précisément.

Le mélange électronique/acoustique, programmé/improvisé est un peu votre marque de fabrique. Comment distinguez-vous ces deux modes de création ? Quelle est la part d’accident dans votre musique ? Conceptualisez-vous particulièrement l’improvisation ?

On enregistrait très souvent nos improvisations à une époque où on utilisait des instruments acoustiques, pour récupérer ensuite ces sons et les intégrer à des compositions électroniques. Maintenant c’est moins systématique. Il nous arrive toujours d’essayer des trucs un peu « concept » comme par exemple de placer des micros dans une pièce, de monter le volume d’enregistrement à un niveau extrême de façon à capter tout frottement, souffle et autres sons non-musicaux et de jouer le plus bas et le plus doucement possible. On peu ensuite en faire des boucles très texturées assez riches en accidents et inattendus. Sur la compilation Echotones, il se trouve qu’il n’y a que deux titres où l’improvisation est présente : Nature et Robots sauvages. Nature correspond à 30 secondes d’improvisation acoustique très free passées en boucle et Robots sauvages est une reprise électronique « live » de ce morceau. Juste pour dire que l’improvisation et le répétitif ne sont pas forcement opposés, que l’électronique peut être aussi très libre et vivante.
Vos concerts semblent en partie improvisés. Quelle dimension donnez-vous à l’idée d' »expérience » dans ce contexte ?

On s’est aperçu que les moments les plus intéressants dans nos répétitions étaient ces moments où à partir de rien un morceau prend forme et commence à exister. On joue des heures sur une même idée en passant par pleins d’ambiances, induites par les personnalités et états d’esprit de chacun d’entre nous. Nos concerts partent un peu de cette idée. Mais, comme toujours chez nous, il n’y a rien de vraiment systématique. Un live peut être entièrement improvisé, comme très programmé. Mais d’une manière générale nous profitons du fait d’être un groupe de quatre musiciens sans instrument attitré pour qu’il se passe quelque chose de non déterminé voire d’improbable. Par contre, chez nous, le chaos créé par l’improvisation est souvent doux et calme. Un tel paradoxe est pour nous un exercice de style.

Vous situez vos influences plutôt du côté du jazz et de la musique contemporaine (Sun Ra, Terry Riley) ou de l’électronique (Autechre et consorts) ? Etes-vous férus de musique et à quel point la musique des autres influence-t-elles vos compositions ?

Nous avons sûrement un faible pour toutes les musiques un peu déviantes, qu’elles soient dues à d’étranges croisements, qu’elles soient un peu bancales ou encore qu’elles se moquent de toutes les conventions stylistiques à la mode. Bref, quand des musiciens produisent cette musique et qu’en plus c’est beau, sensible et honnête…

Quelle part voulez-vous donner à la mélodie dans vos compositions ?

Aucune. Elle s’impose en général. Mais c’est vrai qu’on aime plutôt ce qui est mélodique. On préfère la musique tonale à la musique sérielle, si tu veux.

Il se dégage quelque chose d’autarcique de votre musique et des prestations du groupe sur scène. A quel point formez-vous une communauté ?

C’est le cas en général des musiciens électroniques qui se produisent seul avec leurs machines. Nous, on est quatre, cela pourrait être différent, plus ouvert, mais non apparemment. C’est peut être du a notre isolement ou encore une timidité maladive ou bien un égocentrisme de groupe (Mils).

Propos recueillis par

Lire notre chronique de Echotones