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Oui, évidemment, si l’on parle d’art contemporain à Nîmes, on pense avant toute chose à son musée/médiathèque, le Carré d’Art. Pourtant, la ville est loin de se contenter de son musée, si prestigieux soit-il. Bien que Nîmes reste une ville touristique connue pour ses nombreux monuments gallo-romains, l’art vivant ne fait pas encore partie des priorités des visiteurs. On constate que des espaces d’exposition municipaux se situent dans des lieux touristiques ; peut-être un moyen d’inciter les visites aux galeries.

Deux expositions dans des galeries privées développent des figures et thèmes locaux, ainsi, la galerie de l’Aspic présente des tableaux de Juan Benito qui déclinent les silhouettes d’Arlésiennes et les scènes de tauromachie. De même, Michel Trani travaille des passes de corrida sur fond de mosaïque de paquets de Gauloise. On retrouve ses œuvres aussi à Artropode. De tous ces tableaux ressortent essentiellement l’anecdote et le folklore ; à aucun moment ne sont évoquées, par exemple, la violence, la mort en suspens, la bestialité de la corrida…

Deux belles découvertes dans cette visite nîmoise, deux choix de galeristes, deux engagements : Jaels, peintre naïf, que la galerie de la Fontaine expose tous les deux ans, et cela depuis 22 ans ! Ses tableaux de couleurs vives au dessin minutieux et soigné reprennent des scènes intemporelles ou quotidiennes et très actuelles, dans des formats modestes. Plus loin dans la ville, un antiquaire passionné d’art enlève pendant quelque temps les meubles de sa boutique afin d’exposer Hubert Passe, artiste dit « singulier » qui travaille à partir de vieilles casses d’imprimerie. Ca donne Ca Passe ou ça casse, une exposition dans laquelle les créations proviennent -comme on le voit souvent dans cette forme d’art- d’objets de récupération. Ses curieux assemblages s’unissent et s’harmonisent en teintes terreuses relevées de bleu.

En centre-ville, un bâtiment semble palpiter de l’intérieur ; sur sa façade on peut déchiffrer le mot Rakan. Il s’agit d’un collectif qui regroupe plus de trente artistes (musiciens et plasticiens dont dix photographes) et qui accueille des créateurs en résidence, actuellement un artiste cubain. Tout a débuté en 1995 alors que les artistes nîmois réclamaient un lieu de travail et d’exposition. Installés voilà quatre ans maintenant, ils refusent l’image du créateur isolé, et cherchent à ne pas rompre avec le reste du monde en organisant régulièrement des expositions, des concerts, des cours, des débats, etc. Les 14, 15 et 17 avril, ces dynamiques créateurs ouvrent leurs portes et incitent les autres artistes de la ville à en faire autant. A cette initiative s’ajoutent, entre autres, des partenariats avec la Fnac pour Regards sur la ville, expositions photographiques, ou avec les musées de la ville pour une biennale de bijoux.

Nîmes possède aussi son artothèque qui dispense des cours de gravure, de lithographie et de sérigraphie, qui expose dans sa galerie à quelques rues de là, qui collectionne les œuvres et les prête. Un véritable effort est fait en faveur de l’art, tant pour la formation et l’aide aux jeunes artistes (écoles des Beaux-Arts et université, associations) que pour faire connaître la création actuelle (ateliers pour enfants au Carré d’Art, promotion de l’art dans les espaces publics, etc.). Tout ce bon terreau devrait donner, dans quelque temps, de beaux fruits.

Carré d’Art
Place de la Maison Carrée (04 66 76 35 70)
Jusqu’au 12 juin 2000

Galerie de l’Aspic
25, rue de l’Aspic (04 66 21 52 59)
Jusqu’au 30 septembre 2000

Artropode
3, rue Emile-Jamais (04 66 76 24 71)

Galerie de la Fontaine
12 bis, bd de la Fontaine (04 66 21 74 25)
Jusqu’au 30 avril 2000

Ca passe ou ça casse – Ginac Olivier
32, rue de l’Aspic (04 66 67 98 15)
Jusqu’au 30 avril 2000

Rakan
9, place Gabriel-Péri (04 66 36 01 61)

Artothèque-Sud
9, rue Emile-Jamais et 15, rue Bigot (04 66 76 02 01)