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Ville éternelle, ville sorcière et catin. Derrière chaque mort, un crime. Derrière chaque étreinte, une manigance. Ce recueil d’histoires de Rome a l’odeur du sang séché et le goût amer de la ciguë. Rassemblant des textes de formats et d’époques diverses, Noël Herpe impose un leitmotiv lancinant, l’influence néfaste de cette ville sur les hommes qui l’approchent. Histoires de romains plutôt qu’Histoire de Rome.

Les récits antiques, de Tacite à Juvénal, illustrent une ville depuis longtemps perverse et déjà nauséabonde. Incendie, jeux du cirque… tous les grands poncifs se succèdent. Passages attendus, ils alternent, sans logique apparente, avec des textes échappés d’univers variés que rien ne destinait à cette rencontre arrangée. Cependant, l’anarchie chronologique et stylistique séduit sans peine un lecteur voyageur et éclectique.

Cruauté ou machiavélisme, proclamés vertus romaines, parsèment les œuvres choisies. Carnaval et exécution capitale avec le Comte de Monte-Cristo. Vengeance savoureuse de Lucrèce Borgia devenue, pour quelques pages, l’héroïne d’Apollinaire et Dallize.

À l’impuissance des hommes s’ajoute celle de Dieu qui ne maîtrise même plus ses brillants sujets, pape, papesse ou saints. Les disputes de Sampietro et Sampaolo, que le Baron Corvo croque avec gourmandise, insufflent cependant un humour bienvenu dans ce chapelet luxuriant d’horreurs en tout genre.

Rome, née d’un fratricide, porte au fil des pages cette tâche originelle et vampirise son menu peuple et sa noblesse. De cette galerie de portraits, la Campobasso de Stendhal se détache et nous ramène à l’humain fragile. Amoureuse tour à tour victime et bourreau, romaine évidemment, universelle sûrement.

Devant tant de noirceur, le lecteur cherche un peu de la gaieté romaine des comédies italiennes, la faconde d’un Mastroianni ou même le charme d’Audrey Hepburn. La quête demeurera vaine, et seul le dernier récit de l’ouvrage, celui de Natalia Ginzburg, détonne. Petit bijou léger et nostalgique, recherche d’une maison rêvée dans une Rome défigurée ou endormie. Enfin les pierres et les hommes se réconcilient, et peut-être vous livrerez-vous à votre tour à la belle romaine.

Karine Duquesnoy

Histoires de Rome, textes réunis par Noël Herpe, Éditions Sortilèges, 105 F, 308 p.