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Couple new-yorkais composé de Desmond et Verona, Crossover créé un petit monde fantastique, conte des histoires de fées et de princesses dans un langage imaginaire sur fond d’electro-pop naïve. Leur premier album Fantasmo sort sur International DJ Gigolo, label phare de la régression 80’s (Miss Kittin & The Hacker, Fischerspooner…) qui parcourt les musiques électroniques.

L’entretien débute par le commentaire d’un petit cahier de jeux ludiques et infantiles (coloriages, devinettes, poèmes…) réalisé par le couple et donnés lors de leurs concerts (dans les limites d’un tirage assez réduit).

Desmond : C’est un cahier destiné aux enfants. C’est notre deuxième, le premier a été donné lors de notre première série de concerts débutée le printemps dernier à Berlin, à l’occasion de la soirée Gigolo à la Love Parade. Ces cahiers ont précédé l’album Fantasmo, et ont d’une certaine manière influencé sa composition. On aimerait les distribuer avec nos singles, mais ce n’est pas encore sûr.

Ces cahiers sont-ils accessoires ou font-ils partis d’un ensemble cohérent, égal à égal avec la musique ?

C’est un tout, c’est ce qui donne un sens à nos activités. Crossover, c’est tout. Tout ce qui nous passe par la tête nous le mettons dedans, tout ce qui nous permet de nous échapper de la réalité, de créer un petit univers fantastique à nous.

D’où vient cette envie d’univers imaginaire ?

Verona : Disons plus simplement que notre quotidien inspire notre musique, nos dessins, nos textes, mais nous le traduisons de manière fantaisiste, nos personnages représentent souvent des amis, certains ont un caractère angélique, d’autres une âme plus diabolique.

Comment est né Crossover ?

Desmond : On s’est rencontré en 1996 à New York. Mais qu’on se soit mis à bidouiller de la musique et à improviser du chant dessus est un accident, un heureux accident.

Verona : Au départ je ne voulais absolument pas faire de musique, j’avais même une répulsion envers ça. Mon père est un gros producteur de « variété » italienne, c’est son business, j’ai passé mon enfance dans des studios à Rome à le regarder enregistrer. Je ne voulais vraiment pas de ça, mais bon, finalement…

Votre musique semble très spontanée, la composition est-elle aussi directe ?

Desmond : Absolument, c’est assez rapide, nous ne retravaillons pas trop les enregistrements, nous n’utilisons pas plus de neuf pistes par morceau. Nous tenons à cette simplicité.

Verona : Aussi parce que c’est notre premier disque, nous ne voulions pas surcharger notre musique, nous intéresser au minimum sonore, et nous laisser du temps pour progresser à ce niveau là. Je trouve la musique pop en général surproduite. Il y a trop d’arrangements, ça cache les émotions. On voulait au contraire essayer d’amener une musique vraie, pure, et donc à notre sens plus simple. Je ne voulais absolument pas d’effets sur nos voix, à l’inverse de ce qui se passe aujourd’hui. Peut être que je me trompe complètement, mais c’est ce qu’on sentait.

Votre musique est assez proche de celle de Fischerspooner, dont l’album connaît un succès assez important, mais votre album arrive après le leur : vous n’avez pas peur de passer de ce fait inaperçu, tels une sorte de Fisherspooner II ?

Verona : On n’est pas influencé par Fischerspooner. On ne fait pas de l’electro parce que c’est à la mode aujourd’hui (hésitation). Je n’ai jamais pensé à ça en réalité, je trouve notre musique et notre univers assez différents. Fischerspooner sont bons, mais ils sont vraiment en haut de l’affiche, et c’est ce qu’ils veulent, jouer aux stars, être des stars. Il s’agit plus d’une performance que d’un vrai groupe, et ça ne nous correspond pas. Même s’ils sont assez incroyables. En réalité, j’ai même l’impression qu’on est arrivé avant eux.

Desmond : Parce que notre album est déjà sorti une première fois en 2000 sur un label américain. Mais ça s’est très mal passé avec eux, le disque a du rester en vente une semaine à peine dans quelques magasins new-yorkais. Du coup, c’est comme s’il ne sortait réellement qu’aujourd’hui.

Vous dites que Fisherspooner sont en haut de l’affiche, ce n’est pas ce que vous voulez ?

Verona : On préfère progresser, aller lentement, ne pas exploiter ce qui est à la mode aujourd’hui. Le hasard fait simplement que notre style de musique est dans l’air du temps, mais on ne tient pas à profiter de cette vague pour trouver le succès. On a le temps pour construire notre personnalité musicale, et à ce moment là, pourquoi pas être en haut de l’affiche, qui sait ?

Comment êtes-vous arrivés sur le label International DJ Gigolo ?

Desmond : On connaît ce label depuis pas mal de temps, on s’était toujours dit qu’il nous correspondait bien. Un jour, nous avons appris que DJ Hell (boss du label, ndlr) venait jouer au Limelight à New York. On a pris une démo, on lui a donné et on est parti. Deux semaines plus tard, lorsqu’il est retourné en Allemagne, il nous a appelé pour nous signer.

Vous chantez dans un langage imaginaire…

Verona : Nous utilisons en fait trois langages imaginaires : le premier est inspiré de l’allemand, les autres par… (hésitation), par quoi ?

Desmond : Aucune idée, ce doit être le son de mon âme (rire).

Verona : Quelques morceaux sont aussi en anglais et en italien.

Pourquoi des langages imaginaires ?

Verona : Ca vient sûrement de notre processus d’écriture, totalement spontané, c’est ce qui nous vient aux lèvres. Un peu comme dans une régression infantile, nous nous exprimons par des sons et non par des mots.

Fans de Cocteau Twins ?

Verona : Oh c’est vrai, Liz Frazer chantait dans un langage imaginaire. J’étais fan plus jeune… C’est marrant, je ne n’y pensais plus vraiment, ça m’a peut être influencé inconsciemment. En fait, je pense que je ne comprenais pas ce qu’elle chantait et que je ne me posais pas plus de questions.

Les thèmes de la magie et de la féerie sont assez présents dans votre musique, comme si un côté « enfantin » l’inspirait.

Desmond : J’ai une petite fille, et je suis assez influencé par elle. C’est un peu comme si j’essayais de traduire ses sentiments et son langage en musique.

Verona : On voulait éviter de parler de sexe, d’amour, de peines, de bonheurs. Tellement de musique n’abordent que ces thèmes, évoquer le féerique nous correspondait mieux.

Et vous aimeriez que des enfants écoutent votre musique ?

Verona : La fille d’un ami est fan de nous, mais si on en juge par le public qui vient à nos concerts, c’est plutôt des gens assez barrés, des drag queens, des freaks…

Desmond : Petit à l’école, on nous faisait écouter Pierre et le Loup et on nous demandé de dessiner ce que nous inspirait cette musique. C’est peut être ce que je voudrais faire avec la nôtre…

Propos recueillis par

Lire notre chronique de Fantasmo