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Depuis le 5 février 2000, Canal + diffuse toute une série de nouveaux programmes d’animation. Du dessin animé au pixel en passant par le papier découpé et diverses nouvelles techniques d’infographie, ces courts métrages nous donnent un aperçu du niveau de l’animation française actuelle. Hélas, tout ça ne vole pas bien haut, si l’on excepte le retour des Shadocks et quelques petits courts psychédéliques remuant les principes de l’émission de cuisine. Néanmoins, cette nouvelle programmation propose également la nouvelle série du dessinateur Blanquet (connu pour ses dessins dans L’Association, Chacal puant, Libération ou encore Nova Mag…). Celle-ci, en revanche, a retenu notre attention…

En cette période où les South Park, Doodie.com, et autres Plymptoons transgressent violemment les règles du politiquement correct, nous pouvons fièrement considérer les Histoires muettes de Blanquet et Olive comme notre petite flaque de vomi nationale étalée sur le PAF. Bêtes, méchantes, immorales, cradingues, ces 26 petites histoires (durée : 1 à 2 mn chacune), sont a priori réserver à un public d’avertis. L’humour y est bien sûr particulièrement douteux, certaines de ces histoires vont même jusqu’à taper dans le porno le plus immonde qui soit. On retiendra notamment un des derniers épisodes, dans lequel des enfants utilisent les préservatifs usagés d’une partie de débauche sexuelle collective, pour se fabriquer des bombes à « eau » artisanales… Comble du malsain, dans les Histoires muettes, les enfants tiennent une place prédominante au sein de mises en scène graveleuses où sang et tripes sont toujours au rendez-vous… Ici, les charmants bambins jouent aux billes avec les globes oculaires de victimes d’accident de la route, là, ils se font parfois empaler sur des branches d’arbres suite à une défenestration. Leurs oreilles servent aussi de plat de résistance de repas familiaux… Toute une série de gags à l’humour malsain, parfois carrément surréaliste, qui rappelle à la fois la cruauté des Idées noires de Franquin, l’absurdité des bandes dessinées d’Edika, voire la méchanceté des personnages de Reiser…Mais les jolies têtes blondes ne sont pas les seules et uniques victimes de l’imagination perverse de Stéphane Blanquet et de son acolyte Olive… Meurtres et mutilations en tous genres abondent dans de nombreux épisodes, tous plus repoussants les uns que les autres. Tout le monde est servi ! Militaires, vieilles bourgeoises, trisomiques, skinheads et bien d’autres encore sont les victimes de l’univers poisseux de ces Histoires muettes… Blanquet va jusqu’à se mettre en scène lui-même dans un épisode qui se déroule à Lourdes. On le voit qui tente de se libérer de son fauteuil roulant en prenant un bain dans les eaux saintes. Par miracle, il obtient de nouvelles jambes, mais celles-ci sont greffées au fauteuil… Le mauvais goût pur et dur n’épargne rien ni personne, pas même l’auteur. Tant mieux.

On pourrait raconter les vingt-six Histoires muettes de Blanquet et Olive, tant les situations extrêmes qui sont mises en scène sont savoureusement déconcertantes… Mais ce serait gâcher le plaisir du téléspectateur qui les découvrira. Reste donc à les guetter en fin de soirée, le samedi à partir du 5 février 2000. Quant à ceux qui hurleront au scandale face à tant d’indécence, nous répondrons tout simplement par l’immortelle citation de Pablo Picasso : « Le bon goût, quelle horreur ! Le bon goût est l’ennemi de la créativité. »

Histoires muettes de Blanquet et Olive : diffusées sur Canal + tous les samedis à 22h10, à partir du 5 février jusqu’au 22 juillet 2000 (26 épisodes).

Lire notre interview de Blanquet
Plus d’infos sur blanquet.com (dont des images de la série, des photos de tournage et des extraits des storyboards).