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Bauchklang, groupe d’harmonies vocales autrichien, a créé la sensation aux Transmusicales de Rennes cette année. Récemment invités à Paris pour la « pendaison de crémaillère » du Palais de Tokyo, les membres du groupe ont fait une série d’interviews, dans un hôtel de la place des Abbesses. Rencontre.

Chronic’art : Un groupe d’harmonies vocales comme le vôtre est plutôt peu commun dans la culture européenne…

Flow : Ce n’est pas tout à fait vrai. L’Europe a aussi ses groupes d’harmonies vocales. En Autriche par exemple, il y a beaucoup de groupes comme ça, composés de personnes âgées, de milieu plutôt rural. Il y a une tradition vocale, dans laquelle on s’inscrit aussi, vu qu’on est autrichien. Mais nos influences sont d’abord le gospel, et plus récemment, les musiques électroniques. Ce qu’on fait maintenant est plus expérimental, « post-moderne »… Chacune des six personnes du groupe apporte son lot d’influences et d’inspirations. La musique électronique, le funk, la soul, etc. Le mélange de toutes ces cultures individuelles fait que notre musique est très variée. Ce qui nous intéresse, c’est d’expérimenter avec les signaux vocaux, à la manière de ce qui se fait en musique électronique. Par exemple, on a créé des remixes de nos propres morceaux, avec nos bouches, mais comme si c’était des machines qui les avaient produits…

Comment avez-vous entamé ce projet ?

Alex : On s’est tous rencontré à l’école il y a six ans, on a commencé par faire des covers de morceaux soul, funk, gospel, mais on essayait déjà d’expérimenter un peu. On a très tôt fait des sons de beat-boxes inspirés du hip-hop avec nos voix, on s’est mis à imiter nous-mêmes des instruments, ou même à créer nos propres sons. Au début, on faisait des morceaux a capella plus classiques, des reprises de chansons connues, mais on a rencontré de nouvelles personnes, qui nous ont apporté leurs goûts et leurs expériences, et ça a enrichi tout le groupe. Karl Schrumpf, notamment, a beaucoup apporté au groupe : il est principalement percussionniste vocal, sans doute le meilleur au monde (rires). Du coup, Bauchklang a beaucoup progressé sur l’aspect rythmique des compositions. On essaye d’innover. Mais tout est fait avec nos voix, et quelques effets : la reverb’ et le delay.

Vos influences vont du gospel aux chants tibétains ou David Ikes, l’utilisation mystique de la voix…

Alex : Oui, les trucs « overtuned », si j’ose dire (rires). Mais nos influences viennent plutôt de l’ouest. On a d’abord écouté du gospel, notre influence principale. Si nous nous sommes un peu éloigné de l’esprit original du gospel, nous essayons d’en garder l’esprit, la force, la puissance. Un peu comme les chanteurs de gospel, on peut pousser très loin l’expérience : en concert, on va jusqu’à nos dernières limites physiques.

Vous faites beaucoup de concerts ?

Alex : L’année dernière, on a fait 75 concerts en Allemagne, Autriche et France. Et là on va aller au Brésil, en Espagne, en Belgique, et en Autriche encore. On est assez connu en Autriche. Pas des stars, mais des sortes d' »artistes underground ». On a joué dans des radios et nos concerts sont sold-out, mais c’est un public assez averti.

Vous avez des contacts avec les labels électroniques autrichiens, comme Mego ou Rhiz ?

Alex : On les connaît de nom, mais on ne les fréquente pas. On fait notre truc à nous. Mais il y a des Djs qui nous suivent en tournée et qui passent de la musique avant et après nos sets. Et les gens dansent sur notre musique, même si on ne fait pas tous nos sets dans des clubs, mais aussi souvent dans des salles de concerts traditionnelles.

On a l’impression que le principal intérêt du projet est la performance live. N’est-ce pas ?

Alex : Nous essayons de retranscrire sur disque la puissance et la magie des performances live. On pense qu’on a réussi partiellement dans cet objectif. Sur scène, on improvise beaucoup plus évidemment. Mais il y a ici une interaction entre le groupe et les gens, qui nous pousse à improviser. C’est fonction de l’ambiance du concert…

Flow : Les meilleurs moments arrivent quand les gens dansent et finissent par nous oublier, lorsqu’ils ne nous voient plus. C’est très agréable, pour le public autant que pour nous. C’est un peu la transe parfois…

Propos recueillis par

Lire notre chronique de Jamzero