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Sur la scène du Théâtre de la Ville, Joëlle Bouvier et Régis Obadia nous livrent chacun leur vision personnelle d’un grand mythe occidental : Antigone. Loin de la chorégraphie lumineuse de Welcome to paradise qui les avait révélés au grand public à la fin des années 80, Régis Obadia a choisi d’explorer une danse inquiète, fiévreuse et sombre. Un style qui avait fait le succès du duo. Rencontre avec le chorégraphe à l’occasion de la création à Paris de sa chorégraphie, Passion.


Chronic’art : Comment en êtes-vous venu à travailler autour du mythe d’Antigone ?

Régis Obadia : C’est une longue histoire. Avec Joëlle, on a commencé à s’intéresser à la tragédie grecque dès 1996. Nous avions monté alors une chorégraphie avec les étudiants du CNDC d’Angers qui s’intitulait L’Irresponsabilité d’Apollon. On a décidé ensuite de poursuivre ce travail. On avait envie de se confronter à la tragédie plutôt qu’à nos tragédies intérieures. Très vite, le choix des grands mythes autour desquels nous allions travailler est devenu évident. Il y a donc eu ensuite Les Chiens, autour de L’Orestie, puis Indaten, un duo autour de Jocaste et Œdipe. Enfin, pour clore ce cycle, ces deux chorégraphies autour de la figure d’Antigone -conçues séparément, puisque désormais nous travaillons en solo.

Comment avez-vous procédé ?

C’est de la danse. Ce n’est pas du tout littéraire. Chaque danseur apporte sa vision et exprime ce qui est important pour lui. Je voulais faire une pièce extrêmement dansée qui prenne place dans un univers dépouillé. J’ai voulu insister également sur le rôle du chœur antique, tenu par les neuf figurants. Il était important pour moi d’avoir la représentation d’une autre Humanité, et pas uniquement des danseurs jeunes et beaux. D’autre part, j’ai voulu insister sur le cynisme propre au pouvoir, même si ça n’empêche pas d’autres niveaux de lecture. C’est ce que reflète particulièrement une scène vers la fin de la chorégraphie qui est le point d’orgue de la relation entre Créon et Antigone. J’ai voulu garder les points essentiels de l’histoire d’Antigone, en la restituant par des gestes, en la traduisant par une gestuelle. J’ai néanmoins gardé les scènes de guerre entre les deux frères, scènes où la danse est à la fois littérale et abstraite. Je brosse l’histoire à travers mon prisme personnel. A la fin, il y a une scène que l’on dirait sortie d’un tableau de Jérôme Bosch, une véritable vision de l’Enfer. Etéocle, Polynice et Hémon sont morts et un couple danse sur tous ces morts. Pour beaucoup de spectateurs, c’est Antigone qui danse avec Créon. Mais en fait, c’est Ismène qui, comme une poupée désarticulée, hagarde, entame un duo avec Créon. J’ai voulu éclairer d’un nouveau jour leur relation. Pour moi, Ismène était amoureuse de Créon.

Le travail autour de la bande-son est très important. Comment avez-vous
travaillé avec votre assistante, Lisa Wiergasova ?

Avec Lisa, nous avions déjà travaillé sur mes deux chorégraphies en solo, Opening et J’ai plus le temps, montrées dans le cadre de « Suresnes Cité Danse ». Nous avons travaillé autour de musiques de Preisner, d’Arvo Pärt et nous avons transposé une pièce pour orgue de Haendel. Le choix de la musique est capital pour la chorégraphie finale, mais également lors de la recherche. Car souvent il ouvre des voies de création pour le chorégraphe. La musique aide à trouver un climat, une gestuelle… Ce qui est important pour moi, c’est l’énergie qui sort d’une scène. Je demande aux danseurs de danser à fond pour sentir l’émotion qui doit être dans une scène. Aujourd’hui, Passion est une pièce mature par rapport à la chorégraphie créée à Montpellier.

Quels sont vos projets désormais, puisque c’en est fini de la tragédie ?

J’ai quelques projets cinématographiques et de mise en scène. Pour Avignon, je prépare en ce moment un solo avec Jean-Claude Pambé-Wayack, intitulé Le Vif du sujet.

Propos recueillis par

Fureurs chorégraphie pour 7 danseurs de Joëlle Bouvier
Passion chorégraphie pour 6 danseurs de Régis Obadia

Théâtre de la Ville – Paris 4e
Renseignements : 01 42 74 22 77
Jusqu’au 1er avril 2000
Tournée : les 6, 8 et 10 avril à Mexico et le 25 avril à Douai