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4
sur 5

Apocalypse selon Saint-Clamp, X n’était sans doute pas la bande-dessinée du collectif de mangaka-girls la plus facile à adapter en animation. Etrangement, X est passé directement par la case cinéma, plus contraignante, avant d’être plus fidèlement retranscrit sur le petit écran par Yoshiaki Kawajiri (Ninja scroll). Condenser un manga aussi complexe, somme de toutes les obsessions clampiennes, pour en tirer un film de 90 minutes paraissait monstrueusement difficile, voire impossible. Mais Rintaro, « adaptator » multitâches formé à l’Ecole Tezuka, s’en est plutôt bien tiré : X 1999 délivre une vision nettement plus virile que celle de l’oeuvre originale, une vision qui confirme le statut de son réalisateur, grand cinéaste de la destruction avec Katsuhiro Otomo. Rintaro ne s’intéresse au fond que superficiellement aux personnages et aux idées développées par le manga : la fin de l’Humanité signifie-t-elle la fin du Monde ou au contraire sa possible renaissance ? Clamp, du bout des lèvres, prend fait et cause pour les personnages qui se battent pour le maintien de l’Homme aux commandes de la planètes (les Dragons de la Terre), au détriment de ceux qui veulent purifier le monde de toute présence humaine (les Dragons du ciel). Rintaro, lui, se contente d’effleurer le thème principal de X, de présenter sommairement les nombreux protagonistes sous un jour nettement plus manichéen, de mettre au placard l’incroyable bouillie mystique, syncrétisme improbable de religions occidentales et asiatiques. X est un manga pré-apocalyptique, tandis que X 1999 est une étude cinématographique sur le chaos urbain. Ce qui intéresse Rintaro, finalement, c’est de développer une esthétique de la destruction, proprement hallucinante, visionnaire, et plus actuelle que jamais, quitte à trahir l’oeuvre originale pour lui donner une dimension plus sombre, et encore plus déréalisée. Moins fouillé, mais plus direct, un rien abscon pour celui qui n’a ni lu le manga, ni vu la série de Kawajiri, le X de Rintaro a au moins l’avantage de tempérer le maniérisme ultra-shôjo des Clamp, cette affèterie empreinte d’une hyper-religiosité qui confine parfois au loukoum bondieusard. Du Clamp « avec des couilles », en quelque sorte.

Coffret noir et typo argentée, comprenant le premier volume du manga et un livret informatif -abusivement désigné comme un « artbook »- en guise de cadeau bonus, cette édition collector est plutôt réussie. Le master utilisé est un peu moins renversant que celui de la série (éditée par Déclic Images), mais le film étant un peu moins récent et le résultat plutôt satisfaisant, il n’y a vraiment pas de quoi se révolter. Restent les défauts récurrents de l’éditeur : des menus assez pauvres et un documentaire sur l’univers de la série, certes pertinent, mais fleurant bon l’amateurisme.