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sur 5

Assez fort dans le genre en vogue de la sous-comédie bricolée, Victoire est un objet abscons qui se situerait entre le mauvais Raoul Ruiz de Ce jour-là et la Chantal Akerman psychanalytique du beau Demain, on déménage : partout et nulle part, en somme, ou plutôt dans un entre-deux formel indigeste ne reposant que sur les ruptures et effets de manche d’un récit faussement déjanté. Victoire (Sylvie Testud) est une fille banale, travaillant dans la brasserie de sa mère et vivant dans une monotonie sans aspérités. Jusqu’au jour où tout craque, l’héroïne se mettant à trucider un à un les personnages envahissants de sa morne existence. Attention délire, attention première clé : Victoire, c’est Amélie Poulain version intello et pseudo-trash.

De l’oeuvre de Jeunet, le film garde le goût de la vieillerie, des breloques obsessionnelles et des odeurs de naphtaline, une volonté d’enchanter la médiocrité et les petits tracas du quotidien. Il y a même un épicier immigré, cousin de celui d’Amélie, pour enfoncer le clou : il donne névrotiquement un Flamby chaque soir à son héroïne. Histoire de faire absurde, histoire de faire monter la sauce. Victoire s’espère si fort parade intelligente au cinéma d’en bas que tout y semble régi par la posture et la pose, une désastreuse volonté de jouer sur le fil du grotesque. Fil rouge insoutenable de la vieille psy qui se révèle, avec l’épicier chinois, porte de sortie sans panache : l’académisme narratif et esthétique de l’ensemble fait peu à peu sombrer le film dans un nauséeux mélange de banalité et de prétention, tout ce qui fait l’horreur d’une certaine comédie française petite bourgeoise (se souvenir du douloureux On appelle ça… le printemps) : la fausse légèreté, une raideur puante se rêvant en voile de satin.

Le pire tient dans le traitement des personnages satellites, tous plus faux les uns que les autres : parade foireuse de marionnettes antipathiques, cynisme général sans la moindre affectation. Reste Sylvie Testud, portant le film sur ses épaules tout en restant toujours à distance du naufrage : comme en roue libre, l’actrice brille sans se mouiller, déploie des trésors de finesse pour paraître à la fois en dedans et en dehors du film. Beau fantôme, seul élément d’une série Z dopée aux oestrogènes (on retrouve là un peu de l’hystérie féministe de l’atroce Du côté des filles, nanar inoubliable d’il y a quatre ans) à garder un tant soit peu de dignité dans la tourbe où chaque personnage se trouve plongé. Pour le reste, rien que du tout pourri, une mauvaise fantaisie dont le final, d’une lâcheté à pleurer, relève de l’arnaque pure et simple. Bad trip.