Le succès de Clint Eastwood, notamment avec son Million dollar baby, a consacré le retour en grâce du cinéma des seniors : culte des acteurs patinés, plongée au coeur des insignifiances dans les états et strates fantômes de l’Amérique. Spécialiste de la comédie dramatique à casting doré (Gilbert Grape, Terre neuve), le suédois Lasse Hallström était le candidat idéal pour essuyer les plâtres de cette nouvelle voie. La distribution est l’avenant. A part Clint, il n’y a plus que Robert Redford pour insuffler du glamour aux ours mal léchés du Wyoming, Jennifer Lopez s’acquittant du rôle de la belle prolo cabossée par la vie et Morgan Freeman du grand sage de service.

Wyoming donc, contrée forestière où végètent Einar, fermier brisé par la mort de son fils et son fidèle acolyte à moitié bouffé par un grizzly. Rapplique la belle fille, l’oeil poché par son dernier Jules, et son enfant. Ambiance chiens et chats : conflits des générations (« touche pas à ceci »), rat des villes contre rat des champs (« Monsieur, il y a un MacDo au village ? »), rancoeurs ancestrales qui ne demandent qu’à être exhumées (« Maman, pourquoi Redford ne t’aime pas ? »), métaphores psy version Nature et Découverte (la fascination pour l’ours agresseur, bête qu’il faut dompter comme sa douleur), l’intrigue arrose à tout va. Et Hallström suit docilement en bon faiseur gâteux, jamais fier de sa matière, pas honteux non plus, juste bassement neutre, faussement philosophe, simple sujet asservi au système. A peu près tout lui est dicté et tout lui est égal : le crépuscules des montagnes, l’humanité des ploucs, le chagrin et l’alcool, les caprices de stars.

En roue libre, c’est la raison pour laquelle on ne prend pas à Une Vie inachevée. Comme en semi-retraite, Redford cachetonne sa propre légende en vieux lion paresseux. Il vampirise le film sans le parachever, ce qui confère à la forme une sorte de brouillon de son oeuvre de cinéaste. Dans cette manière de distendre le rythme, de célébrer Dame Nature entre hommage vibrant de la rugosité rurale et poésie ronflante des flans de conifères, on retrouve cette nonchalance un peu m’as-tu-vu, un peu capricieuse où le grand film classique plein de classe plane au rase-mottes sur l’esthétique Timberland. Les deux autres ramassent les miettes sans tirer leurs marrons du feu. On pense surtout à J-Lo, dont le charisme animal des débuts (chez Rafelson ou Oliver Stone) s’est définitivement éteint. Sans âge, lissée par un fond de teint L’Oréal pour Lolita, elle est la minauderie personnifiée, l’actrice de composition à jamais médiocre. Comme si ses premiers faits d’armes relevaient de la chance du débutant.

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