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Que font en 2002 ces soixante-huitards qui garnissaient les défilés antifascistes de l’époque ? Ils ont vieilli, se sont mariés, ont fait des enfants et montent des opérations commandos amateurs contre les réseaux qui exploitent les sans papiers à Paris. Ou plutôt jouent à nous le faire croire. Quoique cette ressemblance avec des faits réels pourrait tout autant être la réalité qu’une pure coïncidence. Va savoir. D’une pierre deux coup, avec Une Pure coïncidence, Romain Goupil s’engage politiquement avec subtilité et offre de grands moments de cinéma. Grâce un jeu de miroirs permanent entre fiction et réalité, sans jamais savoir exactement où se trouve la frontière qui sépare l’une de l’autre, le cinéaste bouleverse le cadre du sempiternel docu-fiction. Car ici c’est le documentaire qui invente de toutes pièces une fiction pour mieux se réaliser.

Immédiatement après qu’un sans papier le contacte pour lui annoncer un racket organisé de clandestins, Romain Goupil réunit l’amicale des anciens gauchistes qui l’entoure. Ils décident d’agir pour démanteler ce trafic en filmant toute l’opération. En fait, sous les airs d’un reportage en direct, l’histoire d’Une Pure coïncidence tient des meilleurs scénarios de casse qui sortent des placards d’Hollywood. Repérages, maquettage des lieux, plan, minutage, répétitions, action, le film joue le travestissement et se plaît à enfiler les habits de ce qu’il n’est pas. Du coup, tout l’humour du film tient à ce décalage, celui qui sépare ces Pieds Nickelés français des classiques professionnels US. D’ailleurs, ce côté comique de l’opération est souvent nourri par les ingrédients de réalisme que Romain Goupil distille savamment pour crédibiliser l’affaire (y compris dans le traitement des images avec flou sur les visages notamment), et fonctionne à merveille lorsqu’il engage sa famille à son insu dans l’aventure (caméra cachée dans le landau de sa fille ou anniversaire de son aînée organisé dans un PMU sordide afin de continuer à surveiller l’agence de change).

Au final, et au delà de cet objet hybride, construit en mélangeant de supposées images de surveillance et d’autres issues de l’enregistrement des différentes étapes de leur action et de leurs discussions, transparaissent largement les portraits du réalisateur et de ses complices. Du coup, Une Pure coïncidence fonctionne comme un regard sur soi-même et marche surtout à l’autodérision, en jouant sur le fantasme d’un militantisme jusqu’au-boutiste porté par une complicité amicale très forte. A la fois un portrait de groupe et une manière de rendre un engagement politique commun fictionnel plutôt que fictif.