Du titre (le film aurait aussi pu s’appeler « A perdre la raison ») à son casting, Une Histoire d’amour sent à plein nez la recette-qui-tue. Visez les ingrédients : les débuts derrière la caméra d’une actrice (Hélène Fillières), Casta qui se refait une carrière, Poelvoorde comme vous ne l’avez jamais vu, un fait divers sordide et fascinant (l’affaire Stern), un roman de Régis Jauffret (Sévère), une B.O. d’Etienne Daho. Qu’est-ce qui pourrait bien manquer ? Peut-être, simplement, la pâte la plus élémentaire : un récit, une progression, des personnages dont l’épaisseur se chercherait plus loin que dans des dialogues comme : « t’es une pute / chuis pas une pute ».

 

Quand il n’y a même pas le fantôme d’un film, ne restent que les intentions, les petites ambitions de chacun, la tambouille narcissique: Casta se met en danger (c’est-à-dire à peu près autant que dans ses pubs H&M), Bohringer fait du Bohringer en loup de mer blessé qui ne trouve plus de rôle à sa mesure, Poelvoorde est insupportable en pantin désarticulé et vociférant. On peut bien sûr s’évertuer à creuser le vide pour trouver un os à ronger, faire fi de tout ça en se concentrant sur ce qui sauverait n’importe quel film et que Une Histoire d’amour malaxe dans tous les sens. Soit : la subtile dialectique des rapports de domination (la sadique se révèle être maso / le maso devient sadique). De ce côté-là, Fillières a dégainé une vraie trousse de secours théorique : rien ne manque, de la figure du Père, du Mari, ou du Psychanalyste (comme elle les appelle en interview), à l’identité entre le sexe et l’argent. C’est un open bar psychanalytique, chacun pourra y voir ce qu’il veut, surtout ce qui n’y est pas.


Misère, enfin, des films où règnent les « ambitions de cinéma », et les « envies de film », comme il y a des envies de galette des rois. De ces œuvrettes pensées à l’imitation d’autres films ou de tel livre de photographie, on a toujours l’impression qu’elles se font comme on va chez le coiffeur en montrant sur un magazine la photo de la coupe qu’on veut. Une Histoire d’amour est un film soigné, comme on le dit des cheveux, ou des ongles : rien ne dépasse dans son imagerie porno-chic très en vogue, et qui accueille assez idéalement le style sec de Jauffret – loft minimaliste, muzac « attention danger », figurantes coquines et avachies dans une boîte de nuit, talons aiguilles qui longent les buildings glacés. Mais attention le film sait ne pas en faire trop, il a le sens de la mesure : parfois, Casta porte un pull mou à col roulé. Malin.

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