Plusieurs choses retiennent l’attention dans ce film de Wang Xiaoshuai (So close to paradise, Shanghai dreams…), qui se présente a priori (se méfier des a priori) comme un mélo à la Zhang Yimou, avec jolie p’tite nenfant très malade et mère courage sur un lit de constat social sur les malheurs de la Chine. En premier lieu parce que l’argument mélodramatique lui-même tire sa consistance de son imbrication dans le contexte social et politique du pays. Et ce de deux façons. D’abord par le pitch, que voici : on diagnostique à la petite Hehe une leucémie ; face à l’échec des traitements, une seule solution s’impose : faire un « bébé-médicament », autrement dit un frère ou une soeur pour Héhé, et par la même occasion un donneur compatible de moelle osseuse ; or d’une part ses parents sont divorcés, et chacun a refait sa vie, d’autre part la politique de l’enfant unique toujours en vigueur interdira à celui des deux couples reformés qui reconnaîtra l’enfant d’en avoir par la suite un autre. Vous voyez le problème. Ensuite par l’inscription sociale du récit. Les personnages (chef de chantier, hôtesse de l’air, agent immobilier…) appartiennent à cette classe moyenne chinoise que l’on voit assez peu au cinéma, les réalisateurs de la nouvelle génération s’intéressant davantage aux classes pauvres.

C’est pourquoi l’essentiel du récit se joue dans des intérieurs neutres, des immeubles identiques, une sorte de banalité qui aspire le film. Décors dans lesquels Wang Xiaoshuai mène sa barque avec une cohérence nette, s’évitant à peu près les travers de la lacrymologie, attentif plutôt à l’intériorisation du drame par chacun des personnages. Aussi la petite Hehe, que l’on voit peu, coincé dans son lit (dans sa chambre, à l’hôpital) est le fragile soleil autour duquel gravitent les protagonistes, croisés et mêlés par la situation. De bons acteurs (notamment Chen Taisheng, aperçu dans The World de Jia Zhang-ke) aident toujours le film à s’en tirer avec une certaine élégance, à l’image de cette conclusion émouvante sous forme de montage alterné entre deux scènes de repas silencieux.

Article précédentJohnny Mad Dog
Prochain articleSteve McQueen : Politique de la faim