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2
sur 5

Premier né d’une série intitulée « Bee movies », produite par Fidélité Production dans le but de ranimer le cinéma de genre à la française, Un Jeu d’enfants débute pourtant à la manière d’un banal drame psychologique, avec le casting le plus convenu qui soit. Pour son second long métrage, Laurent Tuel a en effet choisi de reprendre deux figures bon teint du cinéma français, de laisser ses personnages à la banalité de leur vie et de leur décor tout en orientant son film sur les chemins de l’épouvante. Marianne (Karine Viard) et Jacques (Charles Berling) sont un couple bourgeois et sans histoires, parents de deux jeunes enfants, vivant dans un luxueux appartement parisien. Un jour, Marianne reçoit la visite d’un couple, un frère et une sœur, d’âge avancé. Ils affirment avoir habité l’appartement dans leur enfance et demandent à le visiter. Les jours passent, et des phénomènes de plus en plus étranges se manifestent dans la vie de la famille. C’est alors que Marianne apprend par la police que les mystérieux visiteurs sont morts depuis plusieurs années…

Toute la première partie fonctionne sur cette familiarité suspecte que cultive, avec brio, Laurent Tuel : sympathie des visages, ambiance feutrée de l’appartement, cadrages spacieux, laissant d’abord évoluer les personnages à leur manière pour mieux se resserrer ensuite sur les éléments du drame. Insidieusement, le malaise gagne du terrain avant que le scénario n’enfonce le clou de manière plus brutale, s’engouffrant un peu vite dans une brèche béante : Un Jeu d’enfants devient un classique film d’angoisse, reposant sur un schéma à la Shining, avec un argument très faible qui fait que l’on regrette presque de s’être laissé séduire par quelques artifices. Plus le film avance, plus il s’engage dans l’impasse de l’exercice de style : Laurent Tuel maîtrise et déploie toute la rhétorique de la terreur, avec un certain raffinement, lequel masque en fin de compte un manque d’audace et d’originalité. Dommage : on aurait aimé que le réalisateur aille au bout de sa logique et parvienne vraiment à mélanger les genres, car il ne fait que les imiter comme un bon élève.