Le retour de Mark Neveldine et Brian Taylor était attendu. Après Hyper tension, ovni d’action étrangement théorique dont le héros mourait en cas de chute d’adrénaline, le duo passe à un tout autre registre : le film jeu-vidéo réservé aux gamers purs et durs, au risque d’une illisibilité totale pour tout spectateur non averti.

Dans un monde futuriste, les condamnés à mort sont envoyés dans une cité virtuelle et contrôlés par des joueurs en ligne, livrés à des missions aussi barbares que kamikazes. Le film suit un rythme si cathartique qu’il sème rapidement le spectateur en route, se résumant à une succession de séquences d’action à l’arme lourde dans un labyrinthe de mises en abîmes visuelles, le cadre aspirant toute figure comme un gigantesque trou noir. Quant à la bêtise crasse de l’intrigue – qui servait de socle au récit tout en second degré d’Hyper tension -, elle semble ici se résumer à un déchaînement de vulgarité et de mauvais goût sans le moindre recul. Simple nanar baudrillardien ? Pas seulement, la virtuosité purement graphique des cinéastes offrent plus d’une occasion d’être entraîné dans une sorte de vertige esthétique délesté de tout enjeu narratif, sinon celui d’un pur flottement. Ce sentiment d’apesanteur contraste avec la lourdeur de ce que le film contient de traces de cinéma d’action pur et dur (l’insupportable bourrin Gerard Butler, en première ligne).

Plus étrangement, alors que les scènes importantes pour le récit (batailles dantesques à l’arme lourde décidant de l’avenir des combattants virtuels) sont assez pataudes et limitées, le film trouve dans les passages en forme d’intermèdes volontiers gratuits (ballade dans les rues colorées de la ville, passage improvisé dans une rave souterraine, dérive de l’action principale) une authentique grâce. Le rythme convulsif, le sur-découpage épileptique typique de l’imagerie MTV des années 90 (centre névralgique du cinéma de Neveldine / Taylor) atteint au final une sorte d’outre-espace de la vitesse qui en renverse complètement l’horizon : une forme de plan-séquence rêvé où tout ne serait que fluidité et suspension. En finir avec la coupe pour se perdre dans le labyrinthe perpétuel et mouvant des nouvelles images, exténuer toute figure dans un brouillard de signes, autant de pistes ouvertes ces dernières années par les prototypes Speed racer ou Southland tales. Ultimate game n’arrive évidemment pas à leurs chevilles, mais figure le sous-produit idéal de ce nouvel empire numérico-psychédélique.

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