On ne déroulera pas ici la longue litanie comptable par laquelle Twilight s’invite un peu partout ces jours-ci – records de vente du livre à l’origine du film, records de fréquentations, records de consultations sur le web, etc. Ce qu’on retiendra plutôt, c’est l’espèce de contradiction assez charmante qu’il y a à voir sortir, de ces habits promotionnels un peu criards, un film étonnamment lo-fi, une série B humble et bricolée avec les moyens du bord, amarrée sans esbroufe et avec une belle attention au coeur de son projet narratif. Ce projet, quel est-il ? Il consiste, pour faire vite, à trouver l’exact point de jonction entre deux genres : teen movie et film de vampire. Projet assez naturel, puisque les deux genres ont quelques gênes en commun, et au moins une problématique partagée, quelque chose qui tournerait autour de la rencontre et du désir, où celui-ci prendrait la forme, disons, d’une initiation à l’altérité. Point de jonction, donc, visé par ce premier volet de Twilight (l’adaptation des deux volumes suivants est d’ores et déjà en chantier) : le déniaisement. Aller à la rencontre, amoureuse, d’un corps, c’est se soumettre à une possible menace, c’est abandonner le sien à une promesse de mort : problématique de jeune fille, problématique du teen movie (et problématique américaine, évidemment), sur laquelle Twilight lève joliment le voile par le biais de la fiction vampirique.

La candidate au déniaisement s’appelle Bella Swan (c’est un beau cygne, tout en pureté), et elle est contrainte, au début de l’histoire, de rejoindre son père, célibataire, dans un bled pluvieux du nord-ouest américain qui tient lieu au film de Carpates. Là, elle fait la rencontre d’un éphèbe au teint de cire, centre d’attraction d’une fratrie pareillement blanchâtre et censément marginale. L’objet de sa sidération, on l’aura compris, est un vampire. Lequel n’est pas moins sidéré mais plus prudent : c’est un vampire végétarien, et, quoique amoureux, il se refuse à la belle qu’il risquerait de croquer. Les plus beaux moments du film sont là, dans sa manière de coucher le moment de la sidération amoureuse sur les codes du mythe vampirique, de traiter la rencontre comme un événement purement pathologique. Le film ne craint pas d’être grotesque, il l’est un peu d’ailleurs, et c’est tant mieux, son parti-pris est assez beau qui le voit se caler sur le ridicule des corps adolescents en émoi, pris dans le vertige de leurs désirs mais condamnés, puisque c’est le sujet du film, à l’abstinence. Ce parti-pris excuse la laideur égale des plans, neutralisée par la sincérité midinette de ses enjeux. Au final, ce n’est pas grand chose, mais c’est, indéniablement, charmant.

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