Suite de l’opération de séduction venue du Kazakhstan, ce pays immense et désertique, riche et pauvre, ubuesque parfois, où l’état, sous la poigne du dictateur local, a décidé de mettre la main à la poche pour soutenir la production nationale. On l’a vu avec Mongol, l’an dernier, qui s’étalait comme une grosse production à la conquête du marché. Tulpan est assurément d’un tout autre calibre (artistiquement parlant), d’une ambition toute autre : ici on navigue dans les terres un peu world d’un cinéma pittoresque bien dans l’ambiance Asie Centrale. Le film a reçu le grand prix de la section Un Certain regard à Cannes l’an dernier. C’est dire si, au moins par ses qualités techniques, il tranche avec le tout venant de la production centre-asiatique, qui, si l’on prend la peine et le risque de s’y pencher, consiste pour l’essentiel en une myriade de films brinquebalants où surnagent, heureusement, quelques cinéastes de l’ampleur de Darejan Omirbaev.

Nul doute qu’on entendra parler de plus en plus du cinéma kazakhstanais dans les années à venir, et en attendant, rendez-vous dans la steppe avec Tulpan, avec son argument pompette : un bidasse revient auprès de sa sœur et son beau-frère, et entend marier la Tulpan, qui se refuse à lui pour cause d’oreilles trop décollées. On ne sort pas, ici, d’un cinéma arc-bouté sur son envie d’en découdre avec un pittoresque surexcité. Quelque chose de l’hystérie du cinéma russe actuel et de celui de ses voisins du sud passe, mais Dvortsevoy parvient quand même à remporter la mise, quand le flux du lieu et du moment (la grande scène de la naissance d’un agneau, filmé en live et en temps réel, gros coup de force du film) prennent le pas dans sa mise en scène sur des recettes de burlesque paysan un peu réchauffées.

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