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5
sur 5

De Pixar, abonné à l’excellence depuis ses origines, on redoute toujours un peu que sa nouvelle sortie marque la fin de l’état de grâce. De plus en plus audacieux – WALL.E, Là-haut -, le studio revient cette fois à Toy story, classique des classiques, berceau créatif du collectif de John Lasseter. Pas la révolution, mais presque : Pixar n’avait signé qu’un film de retrouvailles (Toy story 2), à une époque lointaine, se piquant de construire chaque fois un monde nouveau. Le temps passé suffit à partir sur de nouvelles bases : délaissée par leur propriétaire devenu grand, la bande de jouets, menacée de finir ses jours au grenier ou à la poubelle, se recyclent in extremis dans une garderie voisine. Reload rêvé : en quittant la chambre, les jouets s’offrent un petit Eden, merveille d’organisation et de promesses paradisiaques, une Metropolis grouillante, colorée et apaisante (pièces détachées en pagaille, assurance de servir jusqu’à la nuit des temps par des générations de gamins). Mais le trouble survient au cours d’une séquence géniale d’ambiguïté, où l’escouade, escortée par un bébé en plastique aux allures de Frankenstein, change de pièce, sommée de divertir des moutards indisciplinés sous la férule d’un ours en peluche tyrannique. Nouveau départ : à peine installé, il faut repartir, et le divertissement de carbure à plein régime, déployant une maîtrise proche de la perfection : myriade de petits personnages bouleversants ou pathétiques (le méchant, ogre mielleux inoubliable), plaisir du détail (le côté Grande évasion), de la vitesse, récit emballé à grands renforts de suspense hitchockien et de bouffées mélodramatiques – l’étreinte dans la décharge, Everest du film qu’on ne dévoilera pas davantage.

Tout ceci n’empêche pas Toy story 3 de voisiner régulièrement avec la noirceur d’un A.I. : même peur primale de l’abandon et de la mort, même besoin mécanique d’affection, même désir buté pour ces bidules en plastiques d’atteindre un paradis inaccessible que le Pinocchio électronique de Spielberg. Par là même, le film achève la définition de jouet pensant de la trilogie, objet sensible, obsessionnel et paradoxal (se figer en présence de son propriétaire adoré, comme en apnée) dont l’équilibre s’avère plus fragile qu’une orchidée sauvage : amuser sans se faire mal, vivre ensemble, trouver le propriétaire idéal, ni trop jeune ni trop vieux, trouver aussi l’environnement idoine, sa place dans la confrérie inégalitaire des autres jouets. Toute la beauté du projet consiste à l’épanouir au plus possible, défi périlleux et sans cesse renouvelé ; il fallait bien trois films pour arriver à pareille apogée.