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sur 5

Surfant sur la vague indophile qui a mis en faveur aussi bien Bollywood (en version exportable seulement) que des films de la diaspora comme Joue-la comme Beckham, The Mystic masseur n’a ni les grâces chorégraphiques et musicales du premier, ni le mordant social dont le second se réclamait. Oscillant entre la farce et le film à thèse, il se situe dans les années 1950 à Trinidad (encore sous le joug de l’Empire britannique) et relate en un enchaînement de scènes mal rythmées l’ascension sociale de Ganesh. Fils d’un masseur aux pouvoirs magiques de la communauté indienne immigrée, il est moins attaché à son don héréditaire qu’à son idée fixe : écrire des livres. On ne sait jamais si ses yeux ronds et son sourire bêta sont censés faire pencher le film du côté de la satire, ou si au contraire ils impriment au visage du beau gosse à la fois progressiste et nationaliste une fraîcheur prometteuse. Contrairement au petit garçon de sa logeuse bourgeoise -narrateur-prétexte d’une voix-off admirative- Ganesh ne part pas étudier à Oxford mais se marie dans son village et y demeure pour se hisser jusqu’au grade de représentant honorifique des Indiens auprès de l’ambassadeur de Grande-Bretagne.

Film fourre-tout, The Mystic masseur fait preuve d’une roublardise maladroite en voulant rafler la mise du comique en même temps que celle du biopic édifiant. Il perd sur les deux tableaux : jamais son protagoniste ne nous devient attachant puisque ses aspirations à l’écriture sont d’abord ridiculisées (il se fait livrer des centaines de livres dont il recopie des morceaux dans un carnet : voilà pour la genèse de son œuvre) avant d’être revalorisées en noble espoir de changement pour une communauté opprimée. Non seulement la farce discrédite les scènes didactiques (Ganesh expliquant à son disciple qu’il faut rentrer aider son pays une fois ses études faites en Angleterre…), mais elle laisse même au spectateur l’impression malaisante d’un profond mépris pour les personnages, pauvres bougres mus par l’appât du gain. Mais ce malaise n’est-il pas dû surtout à la langue parlée dans le film de bout en bout ? Les personnages échangent leurs répliques en un anglais délibérément fautif (chaque do devient does, et inversement, par exemple). S’il y a une part de réalité politique dans cet état de fait linguistique (les colonisés forcés de parler la langue des colons sans pour autant avoir les moyens de la maîtriser), The Mystic masseur ne l’interroge guère, préférant utiliser le  » petit-nègre  » à des fins comiques. Finalement, le producteur-réalisateur Merchant, qui ne croyait pas tant faire œuvre d’autobiographe en adaptant le premier roman de V.S. Naipaul, a bien un point commun avec Ganesh, polygraphe qui publie à compte d’auteur pour voir son nom sur une couverture : il semble pondre des films comme les livres avec autant d’insouciance que lui quant à leur contenu. On lui doit d’ailleurs divers ouvrages sur Florence, la cuisine indienne, Paris ou le making-of de ses films…