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2
sur 5

Le couple de Raouf, cinéaste tunisien, est en pleine déconfiture. Sa femme, française, se sent prisonnière loin de sa terre natale et accumule la rancœur. Quant à lui, la commande par une chaîne de télévision d’un film sur ses souvenirs d’enfance liés au cinéma le plonge dans la mélancolie du temps jadis et de la découverte du septième art, grâce à une boîte magique et à un oncle projectionniste et bon vivant, montrant les aventures de Zorro sur les places de village. Le sixième long métrage de Ridha Behi -après quelques films comme Champagne amer et Les Hirondelles ne meurent pas à Jérusalem, dans lesquels il sut attirer des comédiens de l’ampleur de Julie Christie ou Ben Gazzara- est à l’évidence une oeuvre biographique où fantômes et saveurs passés sont convoqués à la cérémonie du bilan de la cinquantaine.

Le film tente le difficile jonglage entre les deux états d’âme de son protagoniste principal (interprété par Abdellatif Kechiche, dont le premier long métrage en tant que réalisateur, La Faute à Voltaire, avait connu un certain succès). D’un côté, la crise du couple et une sorte d’hébétude devant l’accumulation des doutes (sur l’amour, la création artistique). De l’autre, l’évocation cotonneuse et forcément attendrissante de l’enfance et de la naissance d’une vocation. Le lien entre les deux moments clés de l’existence existe -la perte inexorable des illusions, comprendre que Zorro n’existe pas, que l’amour est parfois de courte haleine- mais le film peine à entre faire autre chose qu’une simple passerelle narrative entre hier et aujourd’hui. D’où ce dénouement indécidable, presque maladroit, entre âpreté désabusée et métaphore apaisée d’une douce et enfantine naïveté.

Traversé par quelques jolies scènes (le projectionniste déguisé en Zorro attirant les enfants du village en zigzaguant dans le dédalle des ruelles ocres ; le même, sans masque, déambulant parmi le décor d’un péplum italien en tournage, comme il y en avait beaucoup au Maghreb à cette époque), la bouffée de souvenirs n’est pas sans distiller une nostalgie lisse et molle assez proche d’un Giuseppe Tornatore (le lénifiant Cinéma paradiso). Néanmoins la sincérité du film et l’humilité de sa facture lui permettent d’amonceler un minimum de capital sympathie.