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2
sur 5

Comme son titre ne l’indique pas, Swimming pool s’ouvre non sur un parallélépipède d’eau chlorée, mais sur les eaux moins calmes de la Tamise, ancrant Sarah Morton (Charlotte Rampling), vieille fille auteur de polars, dans la capitale anglaise tout en glissant une allusion discrète à Frenzy de Hitchcock. Pourtant, Sarah fuit Londres pour la maison provençale que son éditeur lui prête histoire de la laisser pondre un nouveau best-seller. Arrivée dans la villa de son ami, elle parvient enfin à se mettre au régime, et surtout, au travail. Qui nous dit alors que tout ce que l’on voit à partir du moment où elle allume son ordinateur n’est pas le fruit de son ascèse productive ? Ce miroitement entre fiction et réalité (Ozon entend bien sûr par réalité un premier degré de la fiction, l’histoire « réaliste ») constitue à la fois la limite et l’intérêt de Swimming pool, « roman dans le film » potentiel comme on dit « film dans le film », jeu entre surface et profondeur cristallisé autour de la piscine. Symétrique inverse des eaux londoniennes, celle-ci s’éploie comme un écran, d’abord aveugle (recouvert d’une bâche noire assez funeste), puis limpide, débarrassé de ses feuilles mortes. Le jeu de miroir autour de ce rectangle bleu joue à plein entre Sarah et Julie (Ludivine Sagnier), la fille de l’éditeur qui débarque sans prévenir et impose sa bruyante cohabitation. Comme à son habitude, Ozon part du cliché (l’opposition entre une jeune nympho et une vieille coincée) pour le modifier progressivement : Sarah, d’abord répugnée par le « nid à bactéries » qu’est la piscine, y prend goût et dévoile peu à peu son corps, comme le soulignent lourdement deux travellings identiques sur chacune des femmes allongées. Figurez-vous que « la vieille » se trémoussera même avec l’amant de Julie au son de Let’s do it. A en juger par les gloussements surpris qui parcourent la salle, la doxa refuse de croire qu’il y a une sexualité après 50 ans. Heureusement, Ozon-le-subversif est là.

Comme Sous le sable, Swimming pool se plaît à plonger « sous » l’eau, c’est-à-dire sous les motivations de chacune, enrichissant le jeu des deux excellentes actrices par la sédimentations de leurs rôles précédents chez Ozon. Sous la vieille fille se cache une ex-égérie du swinging London des années 60 ; sous la bimbo, l’âme sensible d’une presque orpheline, etc. Qu’importe que cela soit banal, semble nous dire Ozon, puisque l’intérêt est que chaque scène mêle inextricablement faits et fantasmes, réalité et écriture (Sarah vampirise Julie, s’inspirant de ses faits et gestes aperçus de la fenêtre). Certes. Mais qu’apporte donc Swimming pool par rapport à Sous le sable, qui brouillait déjà points de vue subjectifs et objectifs ? Mettre en scène le processus d’écriture comme résultat immédiat du voyeurisme (c’est donc cela, un écrivain, quelqu’un qui pique un journal intime pour trouver l’inspiration ?), Ozon propose une vision de la création conformiste, sinon ridicule, en tout cas guère plus profonde que les grattements de tête perplexes censés rendre compte des moments de transe créatrice de Nicole Kidman/Virginia Woolf dans The Hours…