Annoncé depuis des lustres (notamment par Tim Burton au milieu des années 90), il n’a fallu que le revival des super héros pour que Superman revienne bel et bien sur grand écran. Un film pâtit nécessairement de cette attente teintée d’opportunisme économique, d’autant plus pour cette nouvelle mouture, lourd patchwork sans âme ni idées dont la délicatesse relèvent de la pizza surgelée étouffe-chrétien. De Superman returns, on ne peut lire qu’une déclinaison du programme habituel tracés par Spider-man et les autres : genèse du héros vrillée en allégorie sur l’adolescence, tentative de questionnement sur le rapport à la justice, voire d’un témoignage sur l’Amérique post-11-Septembre. Bryan Singer emprunte même au nouveau cinéma d’horreur le principe consistant à customiser le squelette d’un film choyé -le premier du nom signé Richard Donner- entre madeleine de Proust et perfectionnisme fantasmé.

On retrouve Clark Kent troublé, revenu d’un long voyage des ruines de Krypton et résolu à reprendre par défaut son job de sauveur de l’humanité. L’infâme Lex Luthor (Kevin Spacey, pas mal, lui-même revenant) lui donne les moyens de retrouver la forme en s’attaquant à la destruction du monde avec les propres expédients de Superman, un cristal dévastateur aux allures d’arme de destruction massive. Banale et linéaire, l’intrigue écoule le tout venant du cahier des charges avec un cynisme glacial de photocopieuse d’entreprise. Le voyage de Superman vers Krypton est par exemple évidé de tout sens, si ce n’est celui du pur prétexte psy que l’acteur débutant Brandon Rooth se charge de robotiser aussi sec. Bryan Singer et son maniérisme d’enfant gâté prend pourtant ça très au sérieux. Comme pour X-Men et Usual suspects, il se fait le garant d’une parcelle d’humanité qui souffre de sa supériorité de classe, vivant reclus dans un tourment romantique adolescent foireux. A nouveau le spectre de Spider-man apparaît et rend inévitable la comparaison : mêmes enjeux et mêmes troubles psychologiques, sauf qu’ici tout est à l’envers, lesté par le fond.

On pense notamment à cette touche de réalisme auquel le film tient absolument sans rien en faire d’autre qu’une brochette de postures prétentieuses. Superman regarde des images du conflit du moyen orient, il détourne les gros porteurs en détresse de Métropolis, attention la métaphore mais de quoi au juste ? Du coup, même la greffe du film de Richard Donner, délibérément suranné et onirique, ne prend pas ou plutôt tourne à la dégénérescence. Hormis le revival de Marlon Brando, belle séquence d’émotion plutôt légère, les images types (envol de Superman, design kryptonien) prennent une consistance monstrueuse et indigeste, extraordinairement laides, neutralisés par le sérieux affiché et leurs origines enfantines et bigarrées. Impossible par contre de ne pas dénicher l’inconscient graisseux de Bryan Singer en l’oeuvre maléfique de Lex Luthor, gros magma stalinien de roches nues perclus de veinures vert fluo surgissant de l’océan. Beaucoup de bruit pour rien.

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