Prolétarienne énergique mais paumée, une mère célibataire sort de la sinistrose en montant une PME de nettoyage de scènes de crime. À ses côtés, son jeune fils (attachant), une sœur (touchante), et un papa (faussement irascible : il a le coeur sur la main. Tel est le pitch de Sunshine cleaning, nouveau film des producteurs de Little miss sunshine, oeuvre mutante du cinéma indépendant américain des années 90 (qui troque le mode pleurnichard en mode banane) et jackpot surprise en 2006. Pas étonnant que cet opus 2 ait gardé le vocable « Sunshine ». Il s’agit là de dénicher de la joie de vivre partout, dans le débouche-évier ou les factures à payer, de s’affranchir du misérabilisme à coup de plans lumineux et de truculence sociale. Imparable, ce truc, absolument déclinable sur tout et n’importe quoi. À l’avenir, pourquoi pas imaginer un Terminator sunshine, un Miami Vice sunshine, voire un Rocky sunshine, toujours sur le même ton enjoué, la même virgule d’émotion, quel que soit le scénario. Avec en guise d’estampille maison, Alan Arkin dans un rôle secondaire de vieux bougon malicieux.

Imparable, on vous dit, tant il faut accorder à la cinéaste Christine Jeffs (qui contrairement aux apparences, n’a pas réalisé Little miss sunshine) le bénéfice du pragmatisme qui permet toujours au film de se dérouler avec l’allant d’un bon petit soldat. Chapitre 1: la mouise (deux scènes illustratives, un dialogue malin qui distille les CV de chacun) ; chapitre 2 ; naissance d’une vocation bizarroïde (la séquence du hasard : « tiens ! Une scène de crime ») ; chapitre 3 : la jouissance professionnelle (un clip ensoleillé) ; chapitre 4 : la petite faiblesse du personnage qui ébranle l’édifice… Et ainsi de suite. Qu’il neige ou qu’il vente, Sunshine cleaning anticipe tout, fait feu de tout bois.

A croire que Christine Jeffs a fait un atelier d’écriture chez Francis Veber. Rien de gratuit, rien qui échappe au radar du scénario. Tout est consigné, ordonné, pesé, recyclable. Une vanne du grand père ? Le signe d’une humanité pimpante. Le passé glorieux de l’héroïne au lycée ? Une ancienne copine devenue bourgeoise lui fait un coucou dans la rue, étalant sa réussite sociale. Un petit chat qui traîne dans une vieille bicoque ? L’élément perturbateur qui va tout faire flancher. Ainsi suréquipé, le film fait logiquement le deuil d’un quelconque imprévu. C’est gênant, mais pas frustrant, tant les images se délestent de la moindre profondeur, circulant, toutes légères, dans le sens de la marche. Sunshine cleaning a l’efficacité d’un éclairage allogène : il dévoile et aplatit l’espace dans la même fraction de seconde. Mais, ton doux-amer oblige, il ne file même pas la migraine.

Article précédentToni Morrison – Un Don
Prochain articleTotò qui vécut deux fois