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3
sur 5

Bien loin a priori de la noirceur d’Akira et de ses ados no future bourrés d’amphétamines, Steamboy prend pour cadre un univers familier, l’Angleterre victorienne de la révolution industrielle, et met en scène un gentil garçonnet propre sur lui parti sauver le monde des griffes d’une effroyable corporation. Cet aspect doublement vieillot est contrebalancé par le recours aux techniques dernier cri du numérique et des truquages visuels. Le résultat est assez ambigu : une manière de faire du vieux avec du neuf. Ce qui, vu le niveau des talents déployés, demeure envers et contre tout forcément passionnant.

La partie la plus réussie du film vient de son aspect purement technique : un déluge d’inventions liés au thèmes de la vapeur (machines volantes ou marines, armes délirantes) doublé d’une précision hallucinante pour tout ce qui concerne la description de l’époque, d’architectures en textures, de costumes en tonalités automnales. Ce mélange d’ultra-réalisme et de fantasmagorie est absolument soufflant, témoignant d’un souci maladif de la part d’Otomo dans la reconstitution du moindre fragment des machines, du moindre souffle d’air chaud, du mouvement des essieux, soupapes ou hélices dans un univers d’acier et de fumées monotones. A côté de cela, les personnages, bons ou mauvais, se laissent bien vite écraser, existent à peine, flottent dans un monde devenu progressivement trop grand pour eux.

Qu’on songe à d’autres grandes fresques rétrofuturistes, du Château dans le ciel à Porco Rosso, où le souffle humaniste et la grâce naissent de l’alchimie entre action échevelée et pure nostalgie : c’est au fond ce qui manque à Steamboy, film hallucinant par bien des aspects mais qui peine à choisir entre grand maelström visuel où s’efface la figure pour mieux renaître (Metropolis) et simplicité du conte. Tour à tour subjuguant ou écrasant, ennuyeux ou bondissant, le récit avance, sûr de lui, sans qu’aucune faille ne s’ouvre. Manque de fragilité par où le film s’impose tout en laissant un sentiment de toute-puissance souvent assez exténuant.