PARTAGER
2
sur 5

Nouveau miracle high-tech des studios Dreamworks, Shrek représente le nec plus ultra en matière d’images de synthèse. Tout du moins jusqu’au prochain film, l’image subissant un lifting permanent grâce aux progrès vertigineux de l’informatique. Revers de la médaille ; les productions « révolutionnaires » datant d’à peine quelques années du type Fourmiz ou Toy story font déjà presque partie de l’âge de pierre. Malgré le vieillissement prématuré de l’animation en 3D, il est difficile de ne pas s’extasier face à l’extraordinaire fluidité des mouvements, au rendu hyperréaliste des matières (épiderme, pelage) ou encore devant cette herbe dont on distingue le moindre brin qui flotte au vent.

Fort heureusement, le film ne se contente pas d’exhiber ses prouesses numériques et nous raconte une histoire, mieux un conte de fées. Il était une fois Shrek, un gros ogre vert et solitaire vivant dans un marais puant. Cet ermite malgré lui voit tout à coup son territoire envahi par une flopée de créatures féeriques. Pour recouvrer sa tranquillité, il est alors obligé de conclure un marché avec le roitelet Farquaad. Shrek part chercher la fiancée de ce dernier, prisonnière d’un monstrueux dragon, et, en échange, Farquaad chassera les squatters de sa propriété. Présenté ainsi, le film semble respecter la tradition du temps des meilleurs Disney ; la princesse va être délivrée et surtout la belle et la bête vont se rencontrer. Mais, en réalité, Shrek court-circuite en permanence cette structure on ne peut plus classique.

Aucune trace de bons sentiments comme chez le concurrent (Disney), le ton du film est au contraire assez irrévérencieux. Ultra-scato (au propre comme au figuré, le géant pète et son comparse l’âne nous gratifie d’une horripilante diarrhée verbale), ultra- référentiel (tout y passe, les œuvres complètes de Grimm, Matrix, l’univers aseptisé des parcs d’attractions, etc.), le film cultive le second degré et affiche sa différence en permanence. Même si cela nous vaut quelques passages assez hilarants, cette modernisation forcenée finit par lasser et, surtout, la touche irrespectueuse demeure assez sage vu le premier public visé : les enfants. S’adressant à la fois aux plus petits et à leurs parents, le gros derrière vert de Shrek se retrouve coincé entre deux chaises. De cette situation inconfortable résulte un film consensuel et au final plus convenu que réellement impertinent.