PARTAGER
3
sur 5

Dans La Nuit américaine, Truffaut décrivait le tournage d’un film un peu comme s’il s’agissait de « la dernière grande aventure du siècle ». Dans une célèbre séquence, le cinéaste s’élançait dans les airs à bord de son fauteuil pour diriger une scène sur fond de musique classique. Chez David Mamet, on est bien loin du lyrisme truffaldien. Plus terre-à-terre, Séquences et conséquences serait en fait le pendant négatif du long métrage de Truffaut, une critique acerbe du milieu du cinéma déguisée sous des airs de comédie.

Pendant près d’une heure quarante, le cinéaste s’amuse en effet à montrer comment une équipe de tournage « vampirise » une paisible bourgade de la Nouvelle-Angleterre. La cause de tout ce remue-ménage ? Trouver le décor principal du film. Intitulé The Old mill, celui-ci devait à l’origine avoir pour cadre un vieux moulin, mais l’équipe découvre avec effroi que le monument décrit dans le prospectus touristique du village a entre-temps été détruit. La caserne des pompiers est alors annexée et tant pis s’il faut détruire le vitrail XIXe siècle pour réussir un travelling ! Du cinéaste jouant au parfait hypocrite devant le maire pour obtenir son autorisation de tournage, au directeur photo, lanceur de la pierre qui a causé la perte du vitrail, chaque geste des membres du film a des répercussions sur la vie ordonnée des villageois. Et quand la star du film, Bob Barrenger (Alec Baldwin, excellent !) s’adonne à son « hobby » -chasser les minettes-, le scandale n’est pas loin…

On peut reconnaître à David Mamet un talent certain pour caricaturer le petit monde du cinéma : le réalisateur despote, l’auteur qui doute, le chef-op obsédé par ses plans, et, surtout, les stars égocentriques et infantiles à souhait. Les frasques de Bob Barrenger et les caprices de l’autre vedette, interprétée par Sara Jessica Parker, qui ne veut pas montrer ses seins à moins de 800 000 dollars, font d’ailleurs partie des meilleurs moments de Séquences et conséquences. Mais le film n’est pas l’hilarante comédie à laquelle on pouvait s’attendre. Car David Mamet a tendance à se prendre un peu trop au sérieux. Les dialogues cultivent une distance qui se veut ironique vis-à-vis de l’action mais leur humour « décalé » tombe régulièrement à plat. Même chose pour l’idylle entre l’écrivain et la libraire du village, assez niaise. Et que dire de leur réécriture conjointe du scénario, filmé façon work in progress, qui cumule les lieux communs : « C’est l’histoire d’un homme à la recherche de la pureté qui se voit accorder une seconde chance » ? Bien entendu, cet homme, ce sera l’auteur lui-même, qui aura l’opportunité de revenir sur son faux témoignage en faveur de Bob Barrenger, accusé de détournement de mineurs, et pourra ainsi prouver à sa belle son honnêteté. Prise ou non au second degré, cette mise en abyme n’est pas vraiment fine ni drôle, comme l’ensemble du film d’ailleurs. Quand les Coen réussissent à extraire toute la sève comique des clichés les plus éculés (voir O Brother), David Mamet, lui, s’enfonce avec eux sous prétexte de les tourner en dérision.