Passé relativement inaperçu à Cannes en 2007, malgré le prix d’interprétation reçu par Jeon Do-yeon, le nouveau film de Lee Chang-dong est, à l’image de ses précédents (Peppermint candy, Oasis), assez improbable sur le papier. Récemment veuve, Shin-ae et son jeune fils viennent s’installer dans la petite ville de province où naquit leur défunt mari et père. Elle peine à s’adapter, tandis qu’un vendeur de voiture (Song Kang-ho, excellent comme toujours) lui fait une cour pressante. Impossible, à ce moment du métrage, de pressentir où nous emmène le film. Mais ça continue : le fils de Shin-ae disparaît, nouveau drame insondable. Le chemin de croix de l’héroïne commence. Et toujours, derrière elle, le garagiste qui fonce, qui bosse. Shin-ae, battue par la douleur, au bord de sombrer, est rattrapée in extremis par une communauté de chrétiens enthousiastes qui lui offre un rustique et virtuel réconfort, nouvelle marée, et puis encore, nouveau reflux, elle explose en vol, devient à moitié folle – et si nous n’en étions pas arrivés au bout des 160 minutes du film, il y aurait encore d’autres chutes, d’autres apothéoses.

Difficile de se couler dans un récit et une mise en scène aussi claquemurées dans des schémas à ce point grossiers et massifs. Secret sunshine est un long mélo aux forceps, too much, volontiers lourdaud. Mais il crépite d’une intensité rare. Conduit brutalement, il fait songer à une sorte de char d’assaut : difficile de monter à bord, mais une fois qu’on y est, impossible de l’arrêter. L’idée du chemin de croix, si déplaisante a priori, finit par renverser : chaque nouvelle étape, imprédictible, fait gonfler le torrent romanesque, mais vous colle au siège tant le récit parvient à basculer en un clin d’oeil, à remuer au fenwick de blocs de récit. Sans finesse, certes, mais avec une efficacité foudroyante. Quelques scènes mémorables (number one : l’ahurissante séquence du parloir) témoignent de la capacité du cinéaste à chauffer à blancs les polarités la narration. Curieux film en vérité, qui ne cesse, un peu à la manière du récit à rebours de Peppermint candy, de prendre virage et nouvelle respiration à chaque séquence, et de vous emporter dans son mouvement et son humeur Sturm und drang.

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