2
sur 5

Ça c’est ballot : avoir une excellente idée de film et s’apercevoir qu’un autre scénariste, au même moment, a eu exactement la même idée. C’est à peu près ce qui est arrivé à Douglas McGrath lorsqu’il planchait sur le scénario de Scandaleusement célèbre (Infamous en v.o.) : comme lui, le scénariste Dan Futterman s’était penché sur le cas Truman Capote, et sur l’écriture de De sang froid, son chef-d’oeuvre qui, on le sait, laissa l’écrivain exsangue. Pas de bol, gros handicap que l’affiche du film tente laborieusement de combler : « vous ne savez pas tout sur Truman Capote », clame-t-elle, sous-entendu : vous reprendrez bien un peu de Capote. En vérité, le problème n’est pas vraiment une affaire de calendrier : non seulement Scandaleusement célèbre arrive juste après Truman Capote, mais en plus, il ne fait clairement pas le poids face au film réalisé par Bennett Miller, l’une des bonnes surprises de l’an dernier -et ça, même si c’est l’assurance de ne pas se morfondre devant une impression de déjà vu, c’est plus ennuyeux.

Capote est incarné par Toby Jones, acteur britannique de bonne composition. L’écrivain prend ses traits, davantage que l’inverse ; le personnage qui se coule dans l’acteur. Petit, avec une bouille de bédé, celui-ci fait très capotien, le Capote qu’on imagine. Une fois cette ressemblance habillée (de vêtements, d’un phrasé, de mimiques), l’interprétation n’avance plus. A l’inévitable petit jeu des comparaisons, Capote : one point. Philip Seymour Hoffman quant à lui, plus éloigné, par sa morphologie, de son rôle, passait son film à chercher une formule possible de l’écrivain, travail autrement plus passionnant.

La prestation de Toby Jones est à l’image de tout le film, d’ailleurs gavé de têtes connues (cf. la scène d’ouverture, inutile et nulle, avec Gwyneth Paltrow). McGrath tourne son film au ras du scénario, au ras de l’histoire de Capote écrivant De sang froid telle qu’on la connaît. Et s’acharne à lui faire dire ce qu’elle a à dire, de la même manière qu’il cherche à faire parler tout le monde par un moyen inélégant au possible : l’interview sur canapé, face caméra, où les personnages débitent ce qu’ils savent de la vie et de l’œuvre de Capote. A l’inévitable petit jeu des comparaisons, Capote : two points, and match. Moins tendu, moins compliqué que le film dont il paraît, malgré lui, être un faible remake, Scandaleusement célèbre, ne se pose que dans le confort toujours coupable des tautologies.

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