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sur 5

Malheur du film français à petit budget, fragile, lorsqu’il s’aventure en des territoires américains. C’est une vieille maladie, elle a enfanté une mini galaxie dont la figure tutélaire demeure le mythique et langien Une Employée modèle de Jacques Otmezguine. Galaxie dont le noyau dur est une formule choc : le fracassage d’enjeux universels et démesurés sur les murs précaires d’une fiction de proximité. Dans Une Employée modèle ce sont les archétypes du film noir et une naine diatribe sur la mondialisation qui cognaient leur pif contre le riquiquisme de la mise en scène. Dans Sauf le respect que je vous dois, même topo ou presque : le réquisitoire contre les violences d’entreprise se double d’un argument polardeux puis s’abîme dans un cinéma aux moyens expressifs ratatinés. Dans un cas comme dans l’autre, une même évidence du propos, où chaque décision atteste de la bonne volonté de l’ensemble. A cette nuance près que le premier long métrage de Fabienne Godet se situe en périphérie de la galaxie, lorgnant sur la gourmande voisine : le film sec et peu aimable sur la réalité du monde du travail, type Ressources humaines.

Ce refus du dos rond s’exprime ici par une scène d’une incroyable violence, affreusement gratuite : le suicide d’un employé d’une imprimerie de province, qui se fiche deux crayons de papier aiguisés dans les narines et s’écrase la face contre son bureau. Et la vie de François bascule : cadre dans la même boîte, et meilleur ami du défunt, il se révolte contre les méthodes patronales qui ont entraîné ce suicide et commet l’irréparable. Deux embranchements, alors, à ce scénario. L’un ouvre sur un énième drame d’entreprise, sans surprise ni réelle finesse (puisque le patron est un bel enfoiré, tout est dit), avec Olivier Gourmet, en type renfermé qui encaisse, se révolte, craque – évidemment) ; l’autre sur une tentative complètement rabougri de polar avec des gendarmes. Double échec, malgré des intentions louables, double ratage qui frôle le pire quand le film emmêle ses petits pinceaux et tente le coup de la narration éclatée, se fourrant dans en de multiples impasses (l’épisode Cotillard…). Territoires américains, disait-on, où le genre forme un horizon de toutes façons inaccessible, et cela se voit au bout de trois plans. Le polar, raté. Et territoire « attention ça dénonce » auquel on ne croit plus trois plans plus tard. Sauf le respect qu’on lui doit, le film se rêve plus gros, plus nerveux qu’il n’est, se rêve ronflant et puis ronfle – inutile, ce qui est la pire des choses pour lui.