Clip New Age pour le troisième âge ou publicité pour l’assurance vie ? Rob Reiner filme l’approche de la mort en forme de road movie aseptisé et d’entertainement philosophico-touristique. Ce scénario estampillé « oeuvre de maturité » raconte les derniers jours de deux quinqua condamnés par la maladie. Ou plutôt, Sans plus attendre suit les performances fatigantes de deux acteurs mûrs mais encore verts d’Hollywood : Jack Nicholson (grimaçant la maladie) et Morgan Freeman. Les deux hommes que bien sûr tout sépare (pour aller vite : l’un riche, blanc, seul et l’autre, tout l’inverse : pauvre, noir et bien entouré par sa grande famille sympathique) séjournent dans la même chambre d’hôpital, n’ont plus que six mois à vivre et décident d’une escapade en couple pour profiter du temps qui leur reste. Programme chargé du divertissement : faire sa liste de rêves (« the bucket list », titre original) et les réaliser. De manière commode, la morale épicurienne vire à un vitalisme douteux. Exit la maladie et la vieillesse : ces deux-là pètent le feu à tel point qu’ils font le tour du monde en attendant la mort. Chapeau !

Une première fausse piste intriguera, du moins au début. Le film commence assez frontalement avec les scènes d’hôpital et laisse attendre un huis-clos entre Beckett et Johnny s’en va-t-en guerre : deux hommes couchés sur leur lit parlent de la mort sans pouvoir se regarder. Quelques bizarreries sous exploitées surprennent pourtant : une opération du cerveau, le crâne rasé de Nicholson, les étranges lunettes qu’il porte pour voir devant lui quant il est couché sur le dos (!). Mais passés deux-trois vomissements commence le tour du monde de deux malades. Le film devient une sorte de long clip carte postale qui nous conduit d’un saut en parachute à une bonne partie de rigolade, de la côte d’Azur aux Pyramides en passant par un tour en moto sur la muraille de Chine. Le tout bien rythmée de tubes signifiants (« On the road again », « Non, je ne regrette rien ») et bercé d’une intarissable conversation de café sur le bonheur et la vie en général. Au bout du compte, retour à la maison pour une mort aussi clean que soudaine et l’affaire est dans le sac. Ce Malone meurt hollywoodien s’éternise en roue libre dans un mélo atterrant.

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