Les premiers plans du film en trahissent aussitôt l’impasse : sur une mosaïque d’écrans, avec une armada de cuivres et violons façon James Bond, on y voit Albert Spaggiari s’enfuir du bureau du juge, sautant par la fenêtre sur une moto qui l’attend dans la rue, pendant que les crédits s’affichent benoîtement sur des carrés marron Giscard et orange d’Estaing. Petits plats dans les grands, patine 70’s et ironie de circonstance, affirmation contradictoire du grand jeu et de la déconne – on n’est pas là pour rigoler et en même temps, si. Ce principe n’a rien de méprisable en soi ; on se laisserait même séduire par le côté rétro chic du film, pas si loin des Steak ou OSS 117 qu’on aime tant. Qu’est-ce qui cloche alors ? C’est que Jean-Paul Rouve, ici acteur, scénariste et réalisateur, n’a rien d’autre à offrir que sa maigre rhétorique pastiche / postiche, amusante cinq minutes puis tournant à vide, faute, justement, d’acteurs, de scénario, de mise en scène – c’était visiblement trop pour un seul homme.

Elle était pourtant bonne l’idée du cambrioleur vedette, du loser magnifique se rêvant pop star, signant son casse comme on signe un disque et partant cavaler avec sa belle en Amérique latine pour échapper à ses démons. Las, Rouve retombe vite sur terre, incapable d’égaler l’élégance formelle des Dupieu et Hazanavicius, loin aussi de concurrencer la turgescence comique d’un Jean Dujardin décidemment bien seul (et pourtant pas très haut) sur son trône. A trop faire de pas chassés, l’ex-Robin des bois se prend les pieds dans le tapis et perd sur tous les tableaux : comédie, polar, tragédie. Sans arme, ni haine ni violence enchaîne ainsi les fausses bonnes idées, comme celle, emblématique, de situer son action dans un pays fictif où l’on parle une langue imaginaire, à cheval entre le « portugèche », le « spagnolo » et « l’ingliche » – c’est à peu près aussi drôle que ça. Le gag est censé positionner le film sur le créneau « humour Canal » (le fameux décalage, etc.), or il signifie en fait à lui seul son échec : un film sorti de nulle part, n’allant nulle part. Faute d’ancrage (ni territoire, ni genre) et faute d’amarres (Taglioni et Lellouche venus pour toucher leur cachet désormais mensuel), la dérive est inévitable ; et la fiction de se rabougrir illico autour de la figure solitaire d’un clown triste qui ne fût jamais aussi drôle qu’accompagné de ses acolytes. Robin des bois, roi des voleurs, c’était bien cela non ?

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