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2
sur 5

Soulignons d’abord la paresse crasse des traducteurs qui n’ont pas fait l’effort de saisir tout le piquant et la drôlerie du titre original, Monster in law, jeu de mot sur le terme « belle-mère » dans la langue de Shakespeare (« mother in law »). Il est vrai que le film lui-même n’est pas tout à fait à la hauteur de ce que son titre pouvait laisser espérer, c’est-à-dire une comédie dévastatrice sur les relations qui unissent une sympathique jeune femme à son monstre de belle-mère. Soit Viola Fields (Jane Fonda), journaliste vedette éjectée d’un talk show populaire pour cause de grand âge qui, à peine sortie d’une profonde crise (scène géniale où elle s’en prend à un clone de Britney Spears), apprend que son fils chéri se marie avec une inconnue du nom de Charlie (Jennifer Lopez), laquelle ne fait pas grand chose de sa vie. Une Charlie à qui elle va mener la vie dure afin d’annuler un mariage qu’elle voit d’un très mauvais oeil.

Robert Luketic, le réalisateur n’est pas tout à fait un inconnu puisqu’il avait réalisé La Revanche d’une blonde (paresse des traducteurs là encore puisque le titre original, Legally blonde, relevait lui aussi d’un subtil jeu de mot), excellente comédie avec Reese Witherspoon sur les affres de la blondeur au sein d’un campus de droit un peu trop strict et conformiste. Le regard acéré et critique de Luketic se mêlait à une ingénuité qui en faisait le digne héritier des hérauts de l’âge d’or de la comédie américaine des années 40-50. En dépit de l’élégance innée du cinéma de Luketic, Ma mère ou moi est loin d’avoir le même charme. D’abord parce que Jennifer Lopez est une épouvantable comédienne, à mille lieues du verbe sautillant de Witherspoon. Elle plombe le film par ses mimiques balourdes de café théâtre, en total porte-à-faux avec la délirante composition d’une Jane Fonda très en forme. La comédie, qui est une affaire de rythme et d’emboîtements, est constamment ralentie par ce corps pas drôle, ruinant la logique d’affrontement qui préside au film.

Mais c’est aussi sur l’écriture que le film pèche. La Revanche d’une blonde était, à sa manière, un hymne aux supposées idiotes (parce que blondes), à l’hystérie fofolle et superficielle qui n’était que le masque d’une individualité profondément originale. Il y avait du génie chez la blonde. Génie qu’on trace chez Viola Fields, dont le parcours emprunte sans s’en cacher au destin engagé de Jane Fonda. Rien en revanche chez Charlie, véritable personnage passe-partout dont on peine à comprendre l’engouement amoureux dont il fait l’objet. Dès lors, la conclusion fédératrice entérine la victoire d’une certaine médiocrité (les relation niaises et sans enjeux de Charlie et du fils de Viola) sans vraiment problématiser ce qui était aussi le coeur du sujet : une certaine idée de la lutte des classes. Sous son vernis révolutionnaire et engagé, Viola souligne constamment que cette fille n’est pas du même milieu. Pourtant jamais le scénario ne se sert de ce poil à gratter pour construire, sous couvert de comédie, une réflexion sur la cruauté des temps. Tout est systématiquement lissé, comme en témoigne le personnage de Ruby, l’assistante de Viola interprétée par Wanda Sykes (hilarante comédienne aperçue dans Curb your enthusiasm, géniale série de Larry David) dont le talent méritait mieux que ce rôle indigne de faire-valoir.