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Année intense en films-étroncs, ces ovnis qui surgissent comme ça, sans prévenir, débarqués de nulle part avant de s’écraser mystérieusement dans une ou deux salles parisiennes : dans le genre, Rien voilà l’ordre surpasse même Les Guerriers de la beauté et La Vie comme elle va, derniers étalons en date de ces série Z d’auteur dont le seul challenge est de ne pas ressembler à un film. De Jacques Barratier, on ne sait pas grand chose, sinon que sa carrière est riche en films complètement invisibles et qu’il est une sorte d’enfant caché de la Nouvelle Vague. L’objet qui nous arrive cette semaine suffit à comprendre pourquoi.

Réalisé avec un caméscope dans un hôpital psychiatrique, Rien voilà l’ordre n’est donc pas un film, bien que l’on y croise Jean-Claude Dreyfus, Claude Rich, Amira Casar, Laurent Terzieff, Macha Méril et même Marina Vlady en peignoir ouvert, sorte de remake hardcore de la scène de la petite culotte de Basic instinct. Si l’amateurisme d’un Jean Rollin touche, si le fumisme d’un Mocky revigore, le foutage de gueule de Barratier afflige et désole : il n’y a là pas une scène, pas un plan, pas un dialogue qui n’attire autre chose que la pitié. Juste une suite de visions d’épouvante percluses de diatribes post-soixante-huitardes rancies et de contrepèteries de vieux cochons, enrobées dans une mise en scène d’assistant-réalisateur pour les épisodes les plus glauques d’Histoires naturelles. Vous avez dit Invasions barbares ? C’est presque ça, mais puissance 1 000 : il y a, dans ce simulacre cacophonique à la manière de (Godard, Rozier) une forme de sérieux sinistre et donneur de leçon qui contredit toutes ces références pathétiquement arborées.

Barratier multiplie par contre les hommages réussis à T’aime pour la lutte contre la médecine traditionnelle au profit de l’amour plus fort que tout (un débile devant une gélule : « merdicament »), au Margouillat de Jean-Michel Gibard pour sa furieuse charge antisociale et libertaire, aux Percutés de Gérard Cuq pour son éloge de la folie lourd comme un sac de gravas. Vu le degré de copinage d’un tel projet, on peut imaginer qu’il ne battra pas le Guiness-record du mythique film de Gibard (20 spectateurs pour une semaine en salle). Une récompense cependant : on lui offre sans discuter son visa pour le cercle intime et privilégié de la désormais fameuse Constellation de la lobotomie heureuse.