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En voilà un film qu’il est bête. D’abord, il y a deux manières de voir ce Realmovie : avec ou sans la fiche technique à disposition. Sans, on peut visionner quelques minutes du film en restant persuadé d’avoir affaire au premier essai d’un étudiant en cinéma qui aurait claqué la porte de la fac par pure rébellion, parce que les profs ils sont pas assez bien pour lui, tout en retenant une phrase mystère : le cinéma serait un art de la cruauté poil au nez. Avec : on constate sans joie que l’auteur de cette sinistre mascarade n’est pas la tête à claque qui joue dans le film. Autrement dit (attention, niveau de lecture supplémentaire), il y a dans Realmovie des comédiens qui jouent la comédie en nous faisant croire qu’il n’en est rien, qu’ils sont eux-mêmes, dont un cinéaste fictionnel qu’on aurait pu prendre pour le véritable cerveau du film. Avec ou sans, le résultat est le même : une consternante pochade de cousins, une fuite de cerveaux, un de ces navets abrutis dont on sent la préciosité tant ils sont rares.

Le principe est le suivant. Un apprenti cinéaste retrouve son ami d’enfance et le filme -mal, mais il est jeune- dans sa vie privée, à tel point qu’il la bouleverse non sans cruauté : rupture furieuse de la fiancée, désespoir en live du plaqué, qui se répand en cris de révolte -« allééeuh, arrête de filmer, t’es lourd avec ta caméra ! » (vibrant autoportrait du cinéaste en filmeur pathologique, vivant par et pour le cinéma)- contre le pouvoir occulte du cinéma, sur lequel Realmovie entend mener une enquête approfondie. Le jeune cinéaste français décide d’intervenir sur la vie de son copain, de la modeler en scénario, le temps d’une fascinante confusion entre le réel et la fiction. Tout s’achève par le twist de l’année, qui nous rappelle aimablement que conceptualisation de haut vol peut rimer aussi, hé oui madame, avec divertissement et plaisir du récit.

Une autre façon de voir le film est de lire la profession de foi du réalisateur dans le dossier de presse : « je me suis interrogé sur le désir du spectateur ». D’accord, respect. Le produit de cette réflexion est un crasseux petit délire d’entre potes, un vrai devoir d’étudiant de DEUG 1, de ceux qui s’imaginent bien plus malins et créatifs que les profs et toute la promo réunis. La grande référence de monsieur Robelin, c’est Bertrand Blier, dont il se rêve l’héritier irrévérencieux. Tout cela est bien triste.