Suite du petit florilège printanier de la comédie française. Entre les familles Camping-Bronzés et l’expérimentation djeuns (OSS 117), Quatre étoiles incarne une sorte de passerelle mi-chic mi-populaire au sens classique du terme de la belle oeuvre troussée avec une élégance et un sens de l’équilibre appréciables. Mi-figue mi-raisin si l’on veut charrier Christian Vincent (Sauve-moi), cinéaste sensible un peu oublié qui revient ici sous forme de faiseur masterclass. Quatre étoiles étale en effet sans détour son projet : faire de José Garcia un Cary Grant et d’Isabelle Carré une Grace Kelly, le tout enveloppé dans du Lubitsch made in France. Entraperçue l’an dernier dans Anthony Zimmer (qui lui se rêvait en Hitchcock), la Côte d’Azur fait à nouveau le décor, consensus tout trouvé entre haut lieu de la cinéphilie internationale et sommet du glamour à la française.

Franssou (Isabelle Carré) débarque au Carlton de Cannes avec la ferme intention de dépenser les 50 000 euros qu’elle vient d’hériter d’une tante lointaine. Débarque dans sa chambre un arnaqueur hâbleur (Garcia en costard trois pièces et barbe subtilement taillée) en pleine séance de travail. Coup de foudre pour la première, repérage intéressée pour le second. Christian Vincent exploite cet antagonisme comme un boulanger pétrit sa pâte, avec la conscience d’un artisan détaché de son ouvrage : les personnages se font et se forment, enclenchent le rythme avec une fluidité mécanique qui n’est pas sans rappeler Francis Veber, mais avec de l’huile. Comprenez un style visuel plus abouti, un plaisir de tourner le film, d’en raboter quelques imperfections ou de le faire décoller à loisir. Une fois encore, le cinéma français s’en trouve rehaussé : comparé au niveau moyen de l’industrie, Quatre étoiles surnage tel un chef-d’oeuvre de compagnon. Les acteurs en sortent gagnants : lumineux, entiers, ils débouchent l’horizon du film, l’assouplissent avec prestance. On pense bien sûr aux deux têtes d’affiches, mais aussi à la superbe entrée en matière de François Cluzet en pigeon au grand coeur, qui trouve ses marques très vite et remet du carburant dans le moteur.

Reste malgré tout un petit côté machinerie qui perturbe légèrement la conduite du film. Quatre étoiles parle de plaisirs de la consommation sans y prendre vraiment part. La faute en revient autant au cinéma français qu’à Christian Vincent. Le professionnalisme de l’ensemble se voit presque trop, du coup le film se guinde au lieu de se lâcher. Le cinéaste semble trop occupé à construire le cadre, à inventer une grammaire plutôt qu’à travailler sur des bases rodées, plutôt qu’à jouir de son matériau. La référence aux classiques d’Hollywood va davantage dans le sens d’une oeuvre étalon plutôt que de l’oeuvre pygmalion. Elle se pose en cache-sexe un poil prétentieux, en rampe de sécurité : si l’on suit ses principes, on s’en sortira. Quatre étoiles a des allures de prototype appliqué, dosé, pro jusqu’au bout des ongles ; il lui manque juste une petite émulsion, une spontanéité qui ferait la différence.

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