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Quand tu me reviendras plaît dans son pays d’origine, l’Espagne, à en juger par les prix qu’il a récoltés au Festival de San Sebastian et par ses six nominations dans les meilleures catégories, aux Goya, les Césars espagnols. Malheureusement, cette saga familiale plonge le spectateur français dans un ennui profond.

C’est avant tout une histoire de femmes filmées par une femme : trois sœurs se retrouvent à la mort de leur mère pour honorer ses dernières volontés. Elles doivent donner chaque tiers de ses cendres à un destinataire différent. L’urne dans le 4×4, elles sillonnent le pays et remontent alors la machine à souvenirs. D’où un mouvement de balancier entre le présent et des flashes-back retraçant l’histoire de la famille. Au cours de leur périple, les rancœurs qui animent les frangines resurgissent : l’une accuse l’autre d’être une « pute », laquelle répond « ivrogne », pendant que la troisième calme le jeu. Il aurait fallu de l’audace pour transcender un canevas aussi pauvre. Animé par un sentimentalisme méditerranéen basique, Quand tu me reviendras se rapproche plutôt du soap opera brésilien, le CinémaScope rutilant n’y changeant rien. La réalisation ne maîtrise ni un pathos qui flirte avec le ridicule, ni la construction binaire, pesante à la longue. L’imbroglio est à peine démêlé, les sentiments sont forcés plutôt qu’affinés. Il y a un monde entre cet académisme et la virtuosité d’un Pedro Almodovar dansTout sur ma mère, qui créait des héroïnes autrement plus complexes. Si les acteurs s’en tirent avec les honneurs (Julieta Serrano, une habituée d’Almodovar, Jorge Perugoria, star du cinéma cubain, et surtout Mercedes Sampietro), leur prestation ne suffit pas à relever le niveau d’ensemble.

On se dit alors qu’on est devant un film espagnol qui s’étale sur des dizaines d’années et que, peut-être, nous en ressortirons plus cultivés. Mais rien sur le franquisme, à part une scène au début où il est question de « phalangistes », ni sur la société (le psychodrame prend place dans les belles villas de familles riches, et personne, d’ailleurs, ne se dispute l’héritage). La dictature et la pauvreté des campagnes d’alors ne semblent pas avoir gêné cette classe-là. Le film s’en lave les mains. Le mal n’existe ici que dans les sentiments, et encore ceux-ci sont montés en mayonnaise avant de finir comme dans un téléfilm américain où tout se dévoile et se résout comme par miracle.