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Fidèle rejeton de son père (l’homme qui tenta d’exporter Le Parrain en France en remplaçant Marlon Brando par Roger Hanin, et surtout Coppola par lui-même), Alexandre Aja perpétue la maxime familiale : pas de film sans une once de mégalomanie.
Pourtant, le projet du cinéaste en herbe commençait sous de bons auspices : adapter au cinéma Graffiti, une nouvelle de Julio Cortazar (écrivain qui inspira Antonioni pour son film Blow up). Malheureusement, un monde sépare les deux réalisateurs. Si l’on n’attendait pas d’Alexandre Aja le même bouleversement que représenta Blow up à sa sortie, on espérait au moins de sa part un travail à la hauteur de sa source écrite. Aja n’a pourtant aucun scrupule à s’emparer de la nouvelle de Cortazar (qualité souvent requise en matière d’adaptation), mais c’est plutôt dans le mauvais sens que s’établit cette adoption. Le jeune réalisateur semble se servir de son matériau de départ à des fins peu scrupuleuses : en mettre plein la vue pour prouver qu’il est capable de tenir une caméra. On se serait bien passé de cette performance égocentrique.

Pas facile, c’est vrai, de retranscrire à l’image l’ambiance oppressante de la nouvelle qui s’inspire des régimes dictatoriaux d’Amérique du Sud. Un jeune homme et son amie seront torturés pour avoir dessiné sur les murs d’une ville où toutes les libertés (en particulier, celle de l’expression) sont supprimées. Mais, Aja a-t-il besoin d’amplifier ce qui en soit est déjà assez horrible ? Avec Furia, on en reste au stade primaire de la représentation spectaculaire. Et ce, avec la même naïveté dont font souvent preuve les cinéastes hollywoodiens quand ils s’attaquent à des sujets lourds. Aucune distance, aucun regard ne vient pondérer le récit, omniprésent, afin de conférer du style à ce grand déballage d’émotions paroxystiques. Par manque de maturité (de talent ?), Alexandre Aja oublie toute humilité et croit dur comme fer à son monde où le fantastique à la Enki Bilal côtoie la dénonciation politique grandiloquente. On ne saurait alors trop conseiller aux gens que le sujet intéresse de dénicher une copie vidéo de Garage olimpo de Marco Becchis…