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3
sur 5

Malgré le passage du temps, certains adultes refusent de grandir. Eternels adolescents en marge de la société capitaliste, ces gens-là ont fait de leur précarité un art de vivre. Dilettantisme professionnel, incertitudes amoureuses, remises en question permanentes : l’éloge de la nonchalance est une constante du cinéma, même si elle se confond parfois avec un dandysme irritant (Comment je me suis disputé ou l’instabilité pontifiante du trentenaire selon Desplechin). Plus naturels, les héros de Quand on sera grand jonglent avec les aléas de l’existence en tentant d’oublier l’angoisse inhérente à la maturité et aux choix qui en découlent. Simon (Mathieu Demy) en particulier est acculé par les ennuis de tous bords : un boulot déprimant (il est rédacteur à Tabac Magazine !), une fiancée qui ne parvient pas à tomber enceinte, une grand-mère qui perd la tête. Et pour compléter le tableau de cette famille de juifs séfarades, rien de tel qu’un père psy et une mère morte en couches…

De cette somme d’éléments pas franchement réjouissants, Renaud Cohen a tiré un film étonnamment alerte, où la tendresse et la mélancolie, dépourvues du moindre chantage au pathos, ne viennent jamais perturber le tempo de la comédie. La drôlerie de Quand on sera grand fonctionne ainsi essentiellement grâce à l’humanité de ses personnages, leur proximité avec le cinéaste et donc avec le spectateur. A mille lieues de la caricature type La Vérité si je mens !, Renaud Cohen dépeint son microcosme avec une empathie touchante, attentif à chacune de ses créatures, toutes plus ou moins incomprises par leur entourage. On pourrait prendre ça pour de l’humanisme béat (même les figures les plus désagréables finissent par susciter notre affection ou, au pire, notre indulgence), sauf que l’auteur ne s’appesantit jamais sur des situations dont d’autres auraient allègrement exploité le potentiel sensible ou comique. Sans être un film insouciant, Quand on sera grand pose des questions graves (la maternité, la disparition, le poids des origines) avec une légèreté revigorante, bien aidé en cela par une troupe de comédiens formidables, Mathieu Demy en tête.