Le synopsis, d’abord, une ligne : « Aujourd’hui, la rencontre d’un chanteur de bal et d’une jeune femme ». Le chanteur de balloche un peu tristoune, c’est Depardieu, sa grâce charolaise A.O.C., ses chemises moches, son oeil mou, son sourire grivois. Parfait, évidemment. La jeune urbaine qui fait tâche dans le décor, c’est Cécile De France, décidément très bien elle aussi. Mais tout est dans le « aujourd’hui », bien sûr, ces temps cyniques et trop pressés qu’il faut à tout prix ressourcer au lit des chansons populaires, leur idéal de sincérité sincère et de vérité vraie, l’humaine humanité qui s’y dit tellement mieux que dans la techno qui fait boum-boum.

Avec son naturalisme clermontois, ses plans de détails sur l’appareil du folklore beauf et son caméo de l’éternelle mascotte Christophe, le dernier Gianolli (Les Corps impatients, Une Aventure) nous rappelle qu’avant d’être un sujet de grosses comédies popu, l’esthétique variétoche était d’abord une marotte du film d’auteur mou. Ce qu’est, donc, ce Quand j’étais chanteur, qu’on sent surtout très à l’étroit entre les deux écueils dans lesquels il s’était juré de ne pas tomber : la vignette sociologique et la farce kitsch sur le dos de la France d’en bas. Et on ne voit plus que ça, finalement, la trouille qu’a le film de cette double menace qui pèse bel et bien sur tous ses plans, sa politesse qui l’asphyxie, la terreur paralysante à l’idée d’être soupçonnée de mépris parisien.

De cette peur qui torpille le ventre mou de son sujet, le film de Gianolli ne se relèvera jamais, s’engluant toujours plus dans sa morale balourde sur la dignité des petites gens, et se condamnant en dernier ressort à essayer de croire à sa maigre trame sentimentale (la bête est blessée, la belle itou, ça communique, donc, en dépit du fossé culturel). Partagé entre envie de rire et envie de bien faire, et perdant sur les deux tableaux, Quand j’étais chanteur se déplie finalement comme un Lost in translation pachydermique qui aurait seulement troqué l’exotisme nippon pour celui du pays de Giscard.

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