Ouh la : une comédie musicale chinoise + un gromélo chinois, le tout en Chine, avec des acteurs chinois qui parlent chinois ? Attendez, on devine. Soit il s’agit d’un ovni, hypothèse faible, soit c’est une grosse production qui serait à la comédie musicale ce que les films de Zhang Yimou sont aux épopées de sabres, hypothèse forte. Inutile d’attendre le moment où l’héroïne du film apparaît sur une immense affiche vantant les mérites d’une crème pour la peau pour comprendre. Il s’agit bien d’un film de Peter Ho-sun L’Oréal Chan. Un produit de luxe, du cinéma LVMH comme on en voit arriver de temps à autres, symbole d’une Chine de vitrine et de paquets cadeaux. A offrir pour les fêtes, donc, ce Perhaps love, grosse pâtisserie qui se réclame d’une tradition de la comédie musicale chinoise mais ressemble surtout à une réclame chine-toc.

Les acteurs sont énormes : la petite Zhou Xun, toute petite chose mimi avec sa bouille de porcelaine qui vous ferait acheter de la crème anti-rides par quintaux, et l’impayable Takeshi Kaneshiro, le Rudolf Vanlentino nippo-chinois au regard de chien battu qui vous ferait chialer un mafieux sicilien ou fondre l’Antarctique en moins de deux. Ce sont des stars, pour de vrai, qui dans le film jouent aussi des stars. Attention, suivez bien, on vais pas la refaire : en 2006, deux acteurs, Sun Na et Lin Jian Dong, se retrouvent pour jouer dans une comédie musicale dirigée par le grand cinéaste Ni Wen, dont Sun Na est la compagne. Mais dix ans auparavant, Sun Na et Lin Jian Dong étaient aussi dans la loose que très amoureux l’un de l’autre, puis Sun Na est partie, privilégiant sa quête de célébrité à son amour. En 2006, donc, ils se retrouvent, mais Sun Na fait comme si de rien n’était, genre on se connaît pas. Lin Jian Dong, archi nunuche, un peu, il faut le dire, est tout penaud, bien dèg’ : hé oh, fais pas ta bourgeoise, comme si tu me remettais pas ! Il n’a rien pour se consoler, ni la drogue, ni l’alcool, ni un rubicube, pas même une boule anti-stress : juste le souvenir de leur histoire et une grosse envie de chialer. D’ailleurs, au fond du trou, il se plonge dans la piscine de l’hôtel sans enlever son peignoir à rayures. Le pire dans tout ça, c’est que le film de Ni Wen, qui se demande bientôt s’il n’a pas fait une erreur de casting, raconte exactement leur histoire : histoire d’une fille de rien qui est sauvé par un brave garçon du peuple et qui, devenue aussi danseuse à paillettes qu’amnésique, ne le reconnaît plus. Ça vous fait un roulé-boulé d’émotions, tout ça.

Perhaps love, c’est la Chine cul-cul plus que coco, même si l’histoire en flash-back est parfois mignonne, bien que filmée comme un roman photo kitchouille et figé. Il reste qu’on a du mal à accrocher à cette babiole que la Chine nous vend comme une fausse montre Cartier, et qui ressemble à une boule à neige avec des gens dedans. Davantage encore que ses ficelles, c’est son prestige d’opérette qui est archi-visible et cache le film derrière. Mais Cantonais que l’amour…

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