Il y a plusieurs choses dont on ne s’étonnera pas, moins à propos de la soupe grumeleuse et prévisible en quoi consiste le dernier Klapish, qu’en regard de ses résonances avec toute une constellation d’images croisées en dehors des salles. On ne s’étonnera pas, par exemple, de ce que le film, sorte de tract mou pour le bon vivre dans la capitale, cinéma Vélib’ globalement affligeant, sorte en pleine campagne municipale. Pas plus qu’on ne sera surpris que les vrais tracts distribués depuis un mois les jours de marché ressemblent à s’y méprendre, et comme un juste retour des choses, à des abrégés des dossiers de presse de n’importe quel Klapish movie. En cela, l’affreux Paris a au moins le mérite de délivrer pour de bon la clef de son cinéma – outre qu’il confirme son irrémédiable naufrage à mesure qu’il vieillit, jusqu’à faire oublier cette fois complètement que dans Le Péril jeune, quand même, il y avait de très bonnes choses. Ces derniers temps en effet, depuis L’Auberge espagnole surtout, on se disait bien que le style Klapisch nous rappelait quelque chose, mais quoi ? Une impression familière, mais rien à faire, pas moyen de nommer un cinéaste, ou une école à quoi ça nous ramènerait. Plus besoin de chercher, en cinq minutes, Paris donne la solution : le modèle de Klapisch, c’est la réclame de service public. De Gaz de France à Klapish : une seule formule, un même lyrisme couillon du « vivre-ensemble ».

Alors, forcément, la rencontre avec le film choral devenait inévitable. Le film choral : solution et problème pour Klapisch. Solution parce que tout dans ses précédents films le destinait à se cogner pour de bon à cette vérité première du genre : la vie est pleine de gens, et réciproquement. Problème, parce dans cette triste leloucherie, ce sont les pires penchants de son cinéma, sa poésie neuneu du quotidien, son sens de l’émerveillement benêt, qui ont la voie libre. L’histoire, on ne vous la racontera pas, l’affiche de Paris y suffit, qui n’a pas beaucoup moins à dire que les deux heures et quelques du film : il y a Duris, et puis il y a Binoche, et puis aussi Dupontel, et Viard, et Luchini. Tous équitablement insignifiants (si, soyons honnêtes : Binoche est vraiment bien, et Luchini fournit, chez le psy, la seule scène drôle du film), tous laminés par cette notion du scénario et du casting comme une grande démocratie participative, molle comme une chique, et saisie à travers l’œil d’un éthologue en culotte courte. Alors on ne s’étonnera pas, non plus, du partenariat engagé entre le film et la chaîne de magasins Habitat : du dernier Klapisch aux boutiques de meubles pour bobos, une même topographie, une même reconstitution décorative du quotidien vendue comme abrégé de la vie. C’est peu dire que ça craint.

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