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Il n’y a rien de pire que les vieux omniscients. Ceux qui, l’âge mûr atteint, se sentent obligés de donner des leçons de sagesse aux gens qui les entourent, réorganisant le monde en fonction de leurs expériences et savoir acquis au fil des ans. Docteurs ès relations humaines, ceux-là ont tout compris : le fonctionnement de la planète, leur place au sein de la société, la vie en général. Adam, héros de Paradiso et alter ego du cinéaste Rudolf Thome, fait partie de cette espèce plus menacée par la sénilité qu’elle ne le croit. Ainsi, pour fêter ses soixante piges avec originalité, Adam, compositeur de son état, décide de convier dans sa luxueuse villa (indice de sa réussite professionnelle) les sept femmes qui ont le plus compté dans son existence. Pendant une semaine, notre artiste sort le grand jeu : buffets, promenades champêtres, activités ludiques, et, en guise d’apothéose, la première de sa nouvelle œuvre pour pouvoir faire le beau devant toutes ses grognasses.

Justement, parlons un peu de ces hôtes du beau sexe. Outre son épouse actuelle Eva (l’allégorie catho est de mise, avec la vision d’un éden moderne proposée en toute modestie par le couple), Adam s’est tapé un bon paquet de thons. Bien entendu, pas une de ces créatures ne s’est remise de sa relation avec le vioc, et toutes sont encore amoureuses de lui. De la religieuse à la chanteuse d’opéra, de l’actrice à l’étudiante en littérature, chacune a été marquée par la personnalité d’Adam, son charisme, et, désormais, sa sérénité (ben ouais, il a même un potager). D’ailleurs, elles ne manquent pas une occasion pour tirer un petit smack au sexagénaire ragaillardi par son harem maison. Tout cela dans un climat d’harmonie, de complicité et de tendresse à gerber, l’ensemble des invités faisant leur possible pour aller à la rencontre de l’autre, apprendre à le connaître, philosopher en sa compagnie. L’émotion, elle aussi, s’avère abondante lors de ces quelques jours, puisque Adam y retrouve un fils abandonné vingt ans plus tôt (sic), tandis que certaines ex laissent éclater leur détresse. Après cette purge de l’âme, les hôtes peuvent rentrer chez eux le cœur léger, sans oublier de dresser un autel en l’honneur de ce sacré Adam, divinité faite homme, qui, avant la fin du film, trouve encore le moyen d’engrosser bobonne. On plaint déjà ce môme fictif et les vrais gosses du cinéaste, tout en mesurant notre chance d’avoir échappé à des pères pareils…