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sur 5

La vie, le cinéma, Alain Chabat, Chabat, le cinéma, la vie, autant d’obsessions à expier, de fils existentiels à démêler qui s’agitent dans le cerveau bouillonnant de Maurice Barthélémy. Onze mois ont passé depuis la sinistre tentative de Casablanca driver et aucun progrès n’est à signaler pour ce deuxième essai : même frigidité de la caméra a changer la télé en cinéma, même arrogance dissimulée sous le masque du clown désinvolte et cool. Ici, c’est la comédie dramatique que l’ex Robin-des-Bois entend dépoussiérer. Echec sans surprise et même pas cuisant, le ronron du genre provoquant plus d’indifférence que de haine ou de pitié. Certes, on peut s’agacer de l’autosatisfaction évidente de Barthélémy à manier la psychologie de l’enfance ou la poésie du jambon braisé sauce madère, mais au fond, n’importe quel téléfilm champêtre joue sur ce registre prétentieux en sourdine, croyant faire naître, de l’académique, un classicisme transcendantal.

Minimal, le script semble piqué à Gérard Jugnot. Soient un père et son fils de 8 ans sur l’autoroute des vacances. Quand ils n’écoutent pas Trust en gigotant dans la voiture, ils font le plein chez Total et passent la nuit au Mercure. A la comédie du quotidien se relaient des scènes aigres-douces, avec séquences émotions, passé douloureux et traumas rentrés. Pour rajeunir tout ça, Barthélémy truffe le décors d’objets tendance (le maillot d’Arsenal du gamin) et fait de Chabat un paternel dans l’air du temps, fin psychologue et super blagueur. Reste le rajustement au cinéma, réduit à une épate d’esthétique petit budget avec caméra nerveuse, 16 mm granuleux et grands angles on the road. Pire : ce dépouillement transforme la vacuité du scénario en objet d’épure trop ambitieux pour ce qu’en fait le film.

Et c’est là que se terre le côté Casablanca driver de Barthélémy, dans cette prétention latente à changer la merde en lingots, délire conquérant cette fois privé de second degré malin qui sauvait vaguement l’humour des Robins-des-Bois. Sur le comique, l’illusion ne tient pas plus d’une scène. Il y a bien quelques bonnes ébauches, notamment un appel à Kitano (quand Chabat fait le pitre devant sa voiture pour consoler son fils, installé sur la banquette comme au spectacle), ou plus généralement un Chabat en forme, mais la réalisation ne parvient jamais à creuser plus avant un dispositif ou un bon mot. Sur le dramatique, le film atteint un point de non-retour. Epuisée sur le terrain du cinéma, l’arrogance ne s’affirme plus que par un discours moral pré-adolescent où Barthélémy casse une famille catho et la France d’en bas sans même oser la caricature. Ça ne changera rien à la fin : demeure bourgeoise sur soleil couchant, voiture qui crépite sur le gravier, embrassade en famille et violons plein les oreilles. Zappons ? Zappons.