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« A ce jour, le vibromasseur reste le sex-toy le plus vendu au monde », nous renseigne le dernier carton du film. Ses intentions s’affichent alors clairement : sous couvert de dramatique deluxe, revenir sur les origines d’un succès commercial, à la façon d’un reportage de Capital. Scoop : l’invention du fameux automate, en pleine Angleterre victorienne, résulterait des progrès conjugués de la psychanalyse, de l’industrialisation et du mouvement de libération des femmes. Il faut dire qu’en 1880, le corps médical classait hâtivement le vaste ensemble des insatisfactions féminines sous l’étiquette fourre-tout de l’hystérie. Le jeune et audacieux médecin Mortimer Granville, en rupture de ban, est engagé au cabinet du professeur Darlymple, éminent thérapeute dont le doigté fait des miracles : par un habile massage, il boute l’hystérie hors de la femme. Les dames de la haute, en mal de plaisirs conjugaux, se bousculent à l’arrivée de ce séduisant assistant, qui s’use la santé en « manipulations ».

On imagine quelle comédie féroce aurait pu donner un tel cocktail de médecine, de sexe et de gros sous. C’est trop en demander à Oh my god ! qui, sous son apparence grivoise et ses promesses de jubilation régressive – la jouissance comme éruption burlesque -, cherche avant tout à réprimer sa moindre pulsion paillarde. Son image léchée, ses décors proprets, ses costumes guindés, sa musique symphonique inoffensive, sa langue british très poli, son humour ringard, tout ici accueille à bras ouverts la pudibonderie de l’époque sous prétexte de s’en moquer. Mis en scène sans une once d’inventivité, alignant sans surprise personnages univoques, dialogues et situations convenus, champs et contre-champs, l’ensemble s’enfonce progressivement dans le train-train engourdissant du téléfilm haut-de-gamme (comprenez : avec des moyens). Rien de bien surprenant alors à ce que cet emballage fictionnel désuet, pour mieux placer son vibro – une « révolution », nous répète-t-on toutes les cinq minutes – réduise l’émancipation féminine aux rotations d’un vilebrequin.

Afin d’étouffer le dernier souffle de subversion que pouvait exhaler son sujet, Tania Wexler prend bien soin d’adosser à ces tribulations masturbatoires une histoire d’amour crétine entre Granville et l’aînée des soeurs Darlymple (Maggie Gyllenhaal), rebelle au grand cœur vouée toute entière à la protection des pauvres gens. Façon très idéologique de soulager la fureur capitaliste du récit par un grand bain de charité et de bons sentiments, et de frotter en deux coups de torchon un vieux fond de culpabilité indélébile. Mais ce n’est pas encore là le plus gros échec du film. Victime de son succès, Granville multiplie les pratiques et finit, massage après massage, par contracter une crampe à la main droite, qui le conduira à mécaniser ses procédés. A cet endroit précis, le film touchait à une représentation rare, car inversée, des rapports de prostitution, non clandestine mais institutionnalisée : ici, un homme, médecin de surcroît, se fait payer par des femmes pour donner de son corps et leur procurer du plaisir. L’usure de son « membre » – son avant-bras – reste, à ce titre, assez troublante.

Mais le film ignore cette piste et dépossède à ce point les femmes de leur sexualité – elles attendent, couchées sur une table, que les médecins les tripotent – que, finalement, c’est le héros masculin qui se charge de faire la pute à leur place (on croit rêver). En définitive, Oh my god ! ne semble conçu que pour faire rosir les joues des plus prudes ménagères qui aiment à s’endormir le dimanche après-midi devant leur poste de télévision.