Diffusée depuis septembre 2006 le mercredi matin sur France 3, Oban Star-racers est une série calibrée pour un public de pré-ados, mais son excellence technique dans le cadre d’une production TV, la grande créativité qui a présidé à la conception des personnages et des véhicules et l’ambition narrative du projet mérite qu’on s’y arrête. Oban est en effet le produit d’une collaboration inédite entre une équipe de concepteurs français (pour l’écriture du scénario, la conception graphique et la supervision de la série), un studio japonais (pour le storyboard, l’animation des personnages et la réalisation des décors) et un studio français (pour l’animation des éléments en images de synthèse). Contrairement aux précédentes expériences en la matière –Ulysse 31, Les Mystérieuses cités d’Or-, dans lesquelles la marge de manoeuvre de l’équipe japonaise était semble-t-il réduite, coproduction ne rime pas ici avec sous-traitance et la plus grande réussite de la série est sans doute que cette organisation composite ne soit pas perceptible à l’écran. A ce titre, Oban Star-racers est un bond en avant dans une perspective de collaboration franco-japonaise (dans laquelle ceux qui ont le plus à apprendre ne sont pas ceux que les mass media franchouillards croient) ainsi que, plus largement, en matière d’intégration 2D-3D, pensée et assumée dès le départ et quasiment invisible pour un regard non-averti. Reste à savoir si cette expérience sera suivie par d’autres du même type, mais seul l’avenir nous le dira.

Pour l’heure, les aventures de Eva / Molly sont un régal pour les yeux, d’autant que c’est la logique entraînante du feuilleton qui prévaut ici, contrairement à la plupart des séries TV européennes fondées sur le principe de l’épisode auto-conclusif (dans le seul but de permettre aux sagouins des chaînes TV de les diffuser dans n’importe quel ordre), ainsi qu’une relative ambiguïté morale dans la psychologie des personnages, qui faisait déjà le sel des Cités d’Or (remember Mendoza) et fait l’intérêt des productions TV japonaises d’une manière générale. Oban star-racers fonctionne aussi sur un pur plaisir d’enfant: celui de découvrir à chaque épisode un nouvel adversaire haut en couleur (mention spéciale pour la féline Paradice, dans ce premier coffret, qui pilote son star-racer à l’aide d’un tapis interactif type Dance dance revolution) ainsi que son véhicule, reflet de sa personnalité, conçus par Stanislas Brunet et Thomas Romain. Sur le fond, rien de vraiment révolutionnaire – une adolescente rebelle participe à une course inter-galactique sous les ordres d’un manager mal embouché, qui est en réalité son père, ce qu’elle sait mais que lui ignore -, le scénario ménageant habilement son lot de retournements de situation et de coups de théâtre, ainsi que les séquences émotions. Le principal moteur en la matière est la relation entre Molly et son père, la révélation de l’identité de la jeune fille étant bien évidemment – et de manière parfaitement invraisemblable, mais ce n’est pas grave -toujours repoussée. Parviendront-ils à surmonter ensemble leurs névroses pour mieux se retrouver et, par la même occasion, à gagner la grande course d’Oban pour sauver la Terre de la menace extra-terrestre? La réponse ne fait malheureusement pas l’ombre d’un doute, et c’est bien là la limite de la série. Ce qui est plus intéressant, en revanche, c’est la manière dont le maître d’oeuvre, Savin Yeatman-Eiffel, s’est approprié l’un des thèmes majeurs de l’animation japonaise des années 70 et 80, à savoir la quête de la figure paternelle, clairement perceptible dans le travail de Leiji Matsumoto par exemple (Albator, Galaxy express 999) et par la suite dans les productions Gainax, Nadia et Evangelion, sources d’inspiration flagrantes pour Oban Star-racers. La récurrence de ce thème dans les mangas et les dessins animés japonais paraissant découler d’un traumatisme collectif dû à l’absence des pères du foyer, accaparés par leur travail, d’où le recours à des substituts fantasmatiques Il est donc intéressant de constater que le choix de ce thème n’est pas ici redevable à l’équipe japonaise mais française, qui, dans sa démarche de métissage culturel, semble avoir été jusqu’à assimiler certaines composantes de la psyché nippone, bien au-delà d’une inspiration de surface pour certains designs (notamment les personnages sans nez, réminiscents de Dragon Ball) et les gimmicks de l’animation limitée. Finalement, Oban star-racers est une série apatride, ni vraiment nippone, ni vraiment occidentale, s’accaparant le meilleur de l’animation TV japonaise (personnages complexes, dialectique de l’identification et du fantasme, logique du feuilleton) pour déboucher sur un style entièrement neuf. Et derrière les couleurs chatoyantes des vaisseaux spatiaux et les atermoiements adolescents, la pugnacité et l’absence de compromis qui ont présidé à sa conception ne peuvent que nous laisser admiratif.

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