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sur 5

Un biopic autour des Beatles : c’était inévitable. Il était certain aussi que l’heureux élu allait hériter d’un cahier des charges pénible : primo, faire un film aussi british que son sujet et se démarquer du calibrage hollywoodien d’un Walk the line, sans pour autant négliger le marché US. Ensuite, parvenir à centrer l’attention autour de l’un des Fab Four – John, de préférence. Pour relever le défi, Sam Taylor Wood et son scénariste (Matt Greenhalg, celui de Control, sur Joy Division) misent sur une originalité qui n’est que de façade. Il y a d’abord cette prétention du film-genèse, obsédé par des origines qui ne disent rien sur l’aboutissement : Nowhere boy retrace la jeunesse fifties de Lennon et les premiers pas des « Quarrymen » en s’arrêtant net au départ pour Hambourg, soit à la veille de l’envol fulgurant du sacrosaint quartet. Ensuite, et c’est là que le bas blesse, la photographe-vidéaste s’entête à faire de son héros une égérie maudite en devenir, une légende en gestation, à l’existence aussi tragique que prédestinée.

La fadeur du film tient surtout à cette tentative piteuse de magnifier une personnalité et un quotidien somme toute ordinaires. Si Aaron Johnson, super-héros boutonneux de Kick-ass, sue sang et eau pour figurer la rock n’roll attitude du jeune fan d’Elvis, il ne parvient pas à s’affranchir du mimétisme auquel la mécanique usuelle du biopic le condamne. Ses transports irrévérencieux hésitent entre le portrait de l’ado lambda, dont la fougue est phagocytée par le quotidien banlieusard d’une Angleterre encore puritaine, et celui du génie précoce alimenté par une collection de traumas et de tabous. Difficile donc d’acheter l’aura singulière de Lennon, surtout lorsque l’on se souvient combien les Beatles et toute leur mythologie reposent sur une alchimie, et non sur l’impulsion charismatique d’un seul homme. Pourtant, la formation du couple moteur formé avec Paul, l’alter-ego en inspiration, apparaît ici d’une platitude crasse. McCartney ne sera pas autre chose qu’un cadet surdoué, à la fois confident et soupape, dont la complicité avec John tient surtout à leur deuil commun – celui de leurs mères. Voilà ainsi les questions plus intéressantes de la complémentarité créative et de la symbiose musicale savamment éludées, au profit de banalités toujours fonctionnelles : la solidarité face à la mort, l’acceptation des maux, le dépassement de soi, la maturité… Au reste, la chronique ne présente pas même un intérêt documentaire : le fan n’apprendra rien, tandis que le profane, devant cette épaisse soupe psychologique, préférera probablement le rester.